L’île rouge : au coeur d’une nature unique

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Le petit train des falaises

Après une petite semaine d’adaptation et de péripéties administratives, c’est en train que nous démarrons enfin notre exploration de l’île rouge. Le « petit train des falaises » qui relie Fianarantsoa, dans un massif montagneux du sud, à Manakara, sur la côte Sud-Est, est aujourd’hui le dernier train de voyageur encore en service dans le pays.

Et rien que lors de l’achat du billet, on commence déjà à sentir le parfum de l’exotisme malgache, celui-là même qui va nous suivre pendant toute cette aventure ferroviaire.

 

Le train est divisé en deux classes, une seconde classe (billet à 16000 ariary, soit 5 €) plutôt réservée aux locaux et une première classe (billet à 30000 ariary, soit 10 €) pour les touristes. Pour cette classe, il est recommandé de réserver à l’avance (coût de la réservation 10000 ariary, soit 3€). Nous faisons donc notre réservation la veille du départ, et choisissons deux sièges sur le côté gauche pour mieux profiter des paysages, car il paraît que c’est le meilleur côté pour cela. La dame en charge des réservations note nos noms sur un bout de plan du train et nous dit de nous pointer à 06h30 le jour du départ pour payer nos 80 000 ariary. Etrange, pourquoi ne pas le faire maintenant ?

 

Car le jour J, à 06h30, et bien c’est l’effervescence ! Nous découvrons une gare bondée, un grande « file » de malgaches avec beaucoup de marchandises, et une grande file de touristes qui fait la queue au guichet pour payer. Cela prend beaucoup de temps. Mais nous parvenons quand même à prendre place dans le train, peu après 07 heures, l’heure supposée du départ. A ce moment-là, un nombre encore important de touristes est encore en train de faire la queue pour payer. On se renseigne pour savoir quand on va partir, et les agents nous répondent que le train « devrait bientôt » partir, mais ils ne savent pas dire exactement quand. Juste bientôt. Des fois c’est 08 heures, des fois c’est 09 heures, des fois c’est 11 heures, des fois il part pas du tout et on l’a dans le baba. En l’occurrence, aujourd’hui, ça présente plutôt bien donc il « devrait » partir et on devrait s’estimer chanceux… Ok ok.

 

201505 - Madagascar - 0068Alors en attendant le supposé départ, on fait le tour des lieux : une vieille locomotive au fuel, puis deux voitures de marchandises en train d’être chargées, puis deux voitures de seconde classe pleines à craquer, où la moitié des gens sont debout : on a bien fait de pas la jouer trop roots et de prendre la première classe ! En même temps, même un groupe de jeunes rastas belges pieds nus avec leur guitare sont en première classe, c’est dire !

 

Et puis, à 08 heures, le train démarre. On peut dire qu’on est plutôt vernis, c’est un très bon début ! Et c’est donc parti pour 172 km et 17 arrêts dans des villages perdus au milieu des montagnes.

 

201505 - Madagascar - 0079Car ce train est en effet d’un intérêt vital pour les locaux. C’est pour eux, dans la plupart de ces villages, le seul moyen d’accès au monde extérieur. Il n’y a en effet aucune route qui circule au milieu de leurs montagnes abruptes. Alors le jour où il passe, c’est à dire théoriquement deux fois par semaine dans chaque sens, les mardis et les samedis depuis Fianarantsoa, avec retour le lendemain, c’est un événement pour eux. C’est le jour où les marchandises arrivent pour leur permettre de subsister jusqu’au train suivant, c’est le jour où l’on fait du commerce et des affaires avec les voyageurs, et c’est aussi le jour où les touristes et leurs poches supposées pleines de billets débarquent !

 

201505 - Madagascar - 0095Alors à chaque arrêt, c’est le même scénario. Les hommes déchargent ce qui est destiné à leur village, parfois très laborieusement vu qu’ils n’ont que leurs bras pour faire ce travail.

Pendant ce temps, femmes et enfants se précipitent sur les voyageurs pour leur vendre le peu qu’ils ont à offrir. On a d’abord et avant tout les produits alimentaires : beignets natures, beignets de légumes, beignets de crevettes, fruits (petites goyaves jaunes, bananes, mandarines, ananas entiers – pourquoi pas en tranches ?, ce serait tellement plus pratique), biscuits maison, eau et sodas. En approchant de midi, on dresse de petites gargotes improvisées où l’on sert du misao (pâtes), des brochettes de zébu, des petites saucisses, des boulettes de 201505 - Madagascar - 0073viandes, des petits légumes, du riz dans des petites assiettes en plastique et du pain. Et durant tout l’après-midi, des enfants vous abordent pour essayer de vendre tout ça, à coups de « Madame, saucisse ?« , « Madame, boulettes ?« , etc. Pas la peine de préparer un casse-croûte la veille du départ, on trouve toujours de quoi manger dans ce train ! Enfin, on trouve aussi des souvenirs plus ou moins utiles : du poivre en grain, de la vanille, des épices, des bijoux… Quelques enfants, aussi, se contentent simplement de mendier ou de quémander des bouteilles en plastique vide, qu’ils pourront revendre localement après.

 

 

 

Quant aux touristes, ils achètent, donnent, et surtout prennent beaucoup de photos avec les enfants, des enfants qui n’ont rien, vêtus simplement de quelques haillons déchirés et souillés.

 

Alors au fur et à mesure de la lente progression du train, la pauvreté de tous ces villageois devient de plus en plus criante, et ce train finit par se transformer en petit train de la misère pour touristes voyeuristes.

 

201505 - Madagascar - 0101Heureusement, nos amis rastas belges ont réussi par moment à illuminer la journée. Ils ont eu la bonne idée d’apporter autre chose à ces populations démunies, ont sorti leurs guitares et, pendant les longs arrêts de déchargement, ont entamé le répertoire de Bob. Une belle initiative, où les touristes ne sont plus spectateurs et les locaux quémandeurs, où tout le monde se réunit pour écouter ou danser au rythme de la musique.

 

De belles images, il y en a aussi eu d’autres tout au long du parcours. Les magnifiques paysages offerts, notre train qui serpente entre de belles montagnes vertes, croisant par-ci par-là une rivière ou une jolie cascade, surplombant des alignements de bananiers ou des petites cultures disposées en terrasse. Quand on a la chance de partir tôt, comme ce fut notre cas, ce trajet nous fait voir de bien jolies choses. Car au bout d’un moment, la nuit finit par tomber et la fin du trajet devient particulièrement longue et pénible.

 

 

En pleine nuit, dans les derniers villages, les touristes ne sortent plus, ils en ont assez, ils n’ont plus faim, il fait trop noir pour acheter quoi que ce soit et surtout prendre des photos. Les villageois sont alors laissés dans leur malheur d’habiter vers la fin de la ligne. Nous, on profite des arrêts nocturnes pour discuter davantage avec nos voisins : un informaticien orléanais (tiens, tiens) prénommé Pierre, très sympa, et un malgache négociant en vanille qui nous en apprend pas mal sur le pays. A 22 heures, finalement, nous débarquons à Manakara, terminus du train. Nous aurons parcouru les 172 km depuis Fianarantsoa en 14 heures. Et de l’avis général, c’était plutôt une bonne performance !

 

 

En pirogue au fil du canal des Pangalanes

A Manakara, les touristes qui descendent du train ont généralement deux options. La première est de repartir directement, le lendemain ou le surlendemain, en voiture ou taxi-brousse vers Fianarantsoa, ce qui est quand même bien dommage après un tel périple. Déjà lassés des transports malgaches, nous avons opté pour la seconde option : passer un peu de temps sur le canal des Pangalanes.

 

A l’origine, la côte Est de Madagascar est surtout une longue succession de lagunes et de cours d’eau qui longent l’océan Indien sur plus de 700 kilomètres. Mais au début de la colonisation française, dans les années 1900, de multiples bouts de canaux ont été creusés, à coups de travaux forcés, pour rendre l’ensemble navigable sur toute la longueur. En effet, étant donné la violence des courants maritimes sur cette côte, il n’est pas envisageable de se déplacer le long de cette côte par la mer. Mais aujourd’hui, à cause de la prolifération des jacinthes d’eau sur le canal, une partie vers le Nord n’est plus navigable, empêchant de remonter jusqu’au grand port de Tamatave.

 

201505 - Madagascar - 0158Chez les touristes, très rares sont ceux qui s’aventurent si loin. La plupart choisissent d’y faire une excursion à la demi-journée ou à la journée, avec retour à Manakara. De notre côté, on a décidé d’explorer un peu plus en profondeur la vie dans ces villages perdus, et on est donc partis pour 3 jours et 2 nuits de navigation, à nous laisser paisiblement porter au fil de l’eau sur une petite centaine de kilomètres. Notre moyen de locomotion ? Une grande pirogue équipée d’un toit, pour nous protéger de la pluie comme du soleil, avec Gaulex notre guide, et Razak, Richard et Rifin nos piroguiers.

 

Nous voilà donc à bord, et la progression sur le canal se fait assez lentement. On se laisse bercer au rythme régulier des coups de pagaies de nos trois piroguiers. Gaulex, quant à lui, se la coule plutôt douce car il a un peu la flemme de pagayer et ne se sent pas très bien. On alterne les passages sur des lagunes, sur des parties de canal artificielles très étroites, et sur des rivières, parfois à contre-courant. Aussi, pendant un moment, je prends moi-même la pagaie pour prêter main forte à nos moteurs humains dans un passage plus difficile. On croise également de nombreuses autres pirogues des villageois du coin, qui pêchent le crabe ou l’écrevisse, et viennent relever régulièrement leurs nasses disposées un peu partout sur le canal.

 

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Dans la matinée, nous nous arrêtons également dans un premier village. A cet endroit, le niveau de l’eau est trop bas et nous avons besoin de bras pour porter la pirogue jusqu’à retrouver des eaux suffisamment profondes.

 

Pendant que les hommes du village s’y affairent, nous en profitons pour grimper sur une digue naturelle et observer l’océan Indien. Ici, la plage sauvage s’étire à perte de vue, la mer est belle, mais surtout elle est particulièrement agitée, et la violence de l’Océan sur cette côte nous impressionne ! Pourtant, dans ce 201505 - Madagascar - 0108village, tous les hommes vivent de la pêche et s’en vont défier cet océan chaque matin sur leurs frêles coquilles de noix, des troncs d’arbres évidés avec une simple pagaie pour affronter la mer. Et tout ça pour ramener des beaux poissons qui ne leur rapporteront pas plus de quelques euros, dans le meilleur des cas. Encore une fois, nous sommes frappés par la dureté et la précarité de la vie dans ces villages malgaches.

 

 

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A la tombée de la nuit, le canal change de couleur et se pare de magnifiques teintes mauves. Puis c’est dans la nuit noire que nous arrivons à notre village-bivouac. Nous avons le privilège de dormir dans le lit du chef du village, une sorte de natte tressée surélevée. Et Gaulex nous prépare même un petit ty-punch en attendant le repas. Royal !

 

201505 - Madagascar - 0151La seconde journée nous mène à la rencontre des oiseaux et plantes carnivores qui habitent la zone du canal. La recherche et l’identification des différents volatiles rompt un peu la monotonie de notre périple. A deux reprises, nous recroisons aussi l’océan Indien, toujours aussi déchaîné. Dans un élan de violence, il emporte même une tong de Sandrine, avant de gentiment la rendre une vingtaine de mètres plus loin ! On comprend mieux l’utilité de ce canal, désormais !

 

Nous débarquons finalement dans notre second village-bivouac un peu plus tôt que la veille, et avons la chance d’avoir la lumière du jour pour l’explorer davantage. Nous sommes surtout surpris par le grand nombre d’enfants qui vivent là, et l’absence de toute école dans les environs. Leur destin semble ainsi tout tracé : les filles resteront à aider leur mère dans les tâches du quotidien : préparer le riz, relever les paniers à crustacés dans le canal, s’occuper du feu, de la maison, des enfants… Les garçons, quant à eux, partiront pêcher en mer avec leur père dès qu’ils seront en âge, vers 8-9 ans. Et très tôt, vers 15 ans, ces enfants deviendront parents à leur tour et devront subvenir aux besoins de leur nouvelle famille…

 

 

Ce soir-là, nous découvrons aussi tout le cérémonial et la hiérarchie, uniquement masculine, du village. Nous avons eu la bonne idée de ramener une bouteille de rhum pour partager avec nos piroguiers, mais tous les hommes du villages se sont rapidement pointés, clamant leur droit d’en avoir un verre sous prétexte qu’ils sont le cousin ou le beau-frère du chef du village, si ce n’est le chef du village lui-même.

Résultat, la bouteille y est passé rapidement !

 

Mais cela a visiblement eu des conséquences sur notre fine équipe, qui a complètement loupé le lever aux aurores du dernier jour ! Pas un pour rattraper l’autre…

Le problème, c’est qu’on doit rattraper le taxi-brousse pour rentrer à Fianarantsoa, et que donc malheureusement, ce-jour, on n’a plus trop le temps de traîner sur le canal. C’est donc un peu la course pour rejoindre la route pour nos piroguiers à la gueule de bois. Et une fois arrivés au bord de la route, c’est toujours l’incertitude car Gaulex est incapable de nous dire si le minibus providentiel est passé ou non, et s’il y en aura un autre plus tard ou non. Organisation malgache, quand tu nous tiens… Mais finalement, nous retrouverons l’atmosphère urbaine de Fianarantsoa avant la nuit. Dommage que cette excursion au cœur de la nature se soit achevée dans la confusion.

 

 

L’incroyable forêt de pierre des Tsingy du Bemaraha

Après un passage sur la côte Est, cap maintenant vers l’Ouest de l’île et la cité littorale de Morondava. De là, notre objectif est d’aller découvrir le Parc National des Tsingy du Bemaraha, une sorte d’immense forêt de calcaire faite de failles, de crevasses, de pics, d’aiguilles et de lames de pierre acérées. Bref, un site naturel vraiment extraordinaire.

 

Mais d’abord, nous devons surmonter une difficulté majeure : comment y aller ? Le village de Bekopaka, point d’entrée du site, est en effet situé à 200 km de Morondava, mais n’est accessible que par une exécrable piste de sable, seulement praticable en saison sèche. Quelques rares camion-brousse, relativement chers en plus, font la liaison de temps en temps, sans fréquence précise, et le trajet est extrêmement pénible : 1 jour et 1 nuit de secousses violentes, de forte chaleur, assis sur un banc dans la remorque du camion, dans le meilleur des cas. Bref, il faut vraiment être un local, ou une tête brûlée, pour s’aventurer là-dedans. L’autre option, plus confortable, est de prendre un 4×4 avec chauffeur pour la durée de l’aventure. Mais cette fois, c’est le prix qui devient un obstacle. Alors il faut se mettre en recherche de partenaires de voyage pour diviser le coût du tour et arriver à un prix abordable.

 

201505 - Madagascar - 0235C’est ainsi que nous avons rencontré Kazu, japonais, et Diego, brésilien, qui se sont joint à nous pour cette expédition. Le courant est très vite bien passé, et nous nous sommes donc lancés à 4 dans cette aventure à la rencontre des mythiques Tsingy.

 

La première journée est uniquement consacrée à la route vers Bekopaka, une route longue et pénible malgré le 4×4, avec beaucoup de secousses et une chaleur accablante. Avant le déjeuner, nous traversons une première rivière, la Tsiribihina, à l’aide d’un bac. 45 minutes de bateau pour rejoindre de l’autre côté la ville de Belo-sur-Tsiribihina.

 

Là-bas, c’est la pause déjeuner, et c’est la récompense : on déjeune au Mad Zébu, réputé pour être un des meilleurs restaurants de l’île. Un vrai régal, dont on vous reparlera plus tard ! Puis nous reprenons la « route », dans un état toujours aussi déplorable, traversant des villages très isolés et pleins d’enfants souriants de nous voir passer. En fin de journée, nous prenons un nouveau bac, pour traverser la Manambolo cette fois, et débarquer de l’autre côté à Bekopaka. Nous y voilà ! Demain, nous partirons donc explorer les mystérieux tsingy.

 

201505 - Madagascar - 0265L’aventure commence d’abord sur le fleuve Manambolo, en pirogue. Décidément, ça commence à devenir une habitude ! Nous visitons quelques grottes uniquement accessibles par le fleuve et découvrons l’histoire de la région, des Sakalava et des Mazimba, les tribus qui l’ont peuplée. Les falaises de part et d’autre du fleuve abritent notamment un grand nombre de tombes Sakalava, assez difficiles à repérer toutefois depuis la pirogue.

 

 

Puis après cette introduction fluviale, nous attaquons l’ascension du massif du Petit Tsingy, le plus proche du village de Bekopaka. Une petite balade au milieu de la forêt sèche et nous rejoignons rapidement le sommet pour découvrir notre premier paysage incroyable de tsingy : un large massif de calcaire que les eaux de pluie ont étrangement façonné. Le massif est lacéré de larges et profondes failles, de crevasses, ne laissant en son sommet que des aiguilles et des lames de pierre bien acérées. Et nous devons nous frayer un chemin là-haut, en ne marchant que sur les roches les plus larges, en veillant à ne rien laisser tomber dans les crevasses et à ne pas nous couper en longeant certaines roches. D’ailleurs, en malgache, « Tsingy » veut dire : « où l’on ne peut marcher pieds nus« . On le comprend aisément !

 

 

Pour mieux comprendre cet endroit incroyable, une petite interprétation géologique s’impose. Tout commence il y a 200 millions d’années. La mer recouvre alors toute la zone, et fossiles, coraux et coquillages morts se déposent et s’accumulent. Un énorme massif calcaire se forme. Un jour, il y a 5 millions d’années, un séisme important survient et soulève ce massif, l’extrayant de l’océan pour de bon. Et depuis, à chaque saison, les pluies acides le grignotent petit à petit, attaquant en priorité les parties les plus tendres de la roche et laissant donc de profonds sillons dans les parties les plus dures. Cela donne les tsingy, ces forêts de pierre uniques au monde, que l’on ne trouve qu’à Madagascar, ou presque. On en trouverait un exemple similaire en Chine, mais à plus petite échelle.

 

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Le deuxième jour, nous nous attaquons au Grand Tsingy, à 17 km du village. Le trajet nous prend 1h30 (!) , sur une route encore plus exécrable que l’avant-veille, avec notamment des passages de boue des plus piégeurs. Les quelques véhicules qui nous précèdent en ont fait les frais, complètement embourbés.

 

 

Mais le trajet en vaut largement la peine, car les circuits du Grand Tsingy sont une sacrée aventure ! On commence d’abord par l’ascension du massif, en mode via ferrata, équipés de harnais et de mousquetons, et souvent accrochés à des câbles pour éviter de tomber dans le vide. Il faut en effet grimper de petites échelles métalliques, escalader des morceaux de falaises en prenant appui sur des petites pierres rivées dans le massif, traverser des ponts suspendus qui enjambent le massif à 100 mètres de haut… L’aventure est vraiment plaisante, et bien sûr la vue une fois en haut est à couper le souffle : le tsingy s’étend d’un côté à perte de vue, de l’autre c’est la forêt qui part à l’infini. Forêts de pierres, forêts d’arbre, telle est la magie des tsingy !

 

 

La descente est tout aussi fun, et s’achève par une traversée souterraine, dans des grottes. Une longue marche de 300 mètres sous le tsingy, à la lampe frontale, avec des passages parfois très bas et très étroits. On est presque en mode spéléologie cette fois. Une fois sortis, courbaturés et poussiéreux, on attaque la dernière partie du circuit, un labyrinthe dans les profondeurs des tsingy, à nous frayer un chemin entre les arbres et les aiguilles de calcaires qui montent à plus de 100 mètres. C’est un vrai bonheur que de parcourir ce circuit, avec des progressions dans des environnements très différents et des techniques variées. Ce parcours de 6 heures dans les tsingy, au-dessus, en-dessous, et même dedans, est clairement pour nous notre meilleure excursion malgache.

 

Et on n’a même pas encore parlé de la faune et de la flore rencontrés, non seulement endémiques à Madagascar, mais même parfois à la seule région des tsingy ! On a ainsi croisé trois espèces de lémuriens différentes, la majorité des autres étant des espèces nocturnes. Des lémuriens marrons à tête blanche, un petit lémurien gris aux grands yeux, tout aussi étonné que nous de cette rencontre, et des gros lémuriens blancs à tête noire qui sautent d’arbres en arbres avec une dextérité exceptionnelle !

 

 

 

201505 - Madagascar - 0289Nous avons aussi eu la chance de tomber sur un caméléon, une femelle très peureuse, verte comme la tige sur laquelle elle se tenait et qui se déplaçait de manière très très hésitante. Et aussi des rats sauteurs, qui portent plutôt bien leur nom, puisqu’ils ressemblent à de gros rats mais qui se déplacent par petits bonds. Au rayon des bizarreries, notons aussi cet arbre au tronc en forme de vase et recouvert d’épines. Enfin, nous avons pu apprécier de nombreux oiseaux de toutes couleurs et de toutes tailles. Ici, même les pigeons sont jolis, comme ces pigeons verts pastel qu’on a réussi à apercevoir en haut des arbres.

 

201505 - Madagascar - 0390En deux jours, au final, nous aurons fait tous les circuits proposés dans les 2 massifs. Cela semble le temps suffisant pour profiter pleinement du site, tant pour sa géologie que sa faune et sa flore. Il nous semble aussi important de souligner la qualité du travail fait par les guides et les agents du parc des tsingy. Malgré la dangerosité de l’environnement, notamment la hauteur, tout est aménagé de façon sûre et bien intégrée dans le décor. Et avec les harnais on se sent vraiment en sécurité. Sandrine a donc réussi sans grande difficulté à tout faire malgré son vertige. Alors surtout n’hésitez pas, malgré les heures de 4×4 et un paysage vertigineux, passez voir les Tsingy !

 

 

L’allée des baobabs, un coucher de soleil bucolique

Après avoir profité à fond des tsingy, il faut rentrer sur Morondava, se retaper les deux bacs pour traverser les rivières et surtout les 200 kilomètres de piste pourrie qui prennent toute la journée. Et oui, les tsingy, ça se mérite ! Heureusement, la route réserve de bien belles surprises. Déjà, les plus gourmands pourront toujours s’arrêter au Mad Zébu pour déjeuner. Bien sûr, nous, on fait partie des plus gourmands. Et bien qu’arrivés à 10h50 sur place, ça ne nous a pas empêchés de commander un menu entrée + plat + dessert !

 

Et puis surtout, si l’on prévoit de partir assez tôt, on peut arriver en fin de journée dans un autre endroit magique de l’île : l’allée des baobabs !

 

Juste un petit chiffre d’abord pour cerner l’importance de cet arbre à Madagascar. Il existe 9 espèces de baobabs sur la planète. 6 sont natives de Madagascar, 2 du continent Africain et la dernière d’Australie. Renala, le nom malgache pour le baobab, signifie « mère de la forêt ». Quant aux fruits du baobab, ils sont consommés largement sur l’île, notamment sous forme de jus. Ou de rhum arrangé. Et c’est très bon.

 

L’allée des baobabs, quant à elle, est située au début de la portion de route menant de Morondava à Belo-sur-Tsribihina. A l’aller, on s’était déjà arrêté pour voir quelques arbres, et surtout en voir deux qui avaient poussé en s’enroulant l’un autour de l’autre : les baobabs amoureux. Très mignon ! Mais l’allée des baobabs prend tout son charme en fin de journée, pour me coucher du soleil.

 

Ça commence pourtant pas très bien, car nous nous arrêtons devant les stands de vendeurs de souvenirs, essentiellement des sculptures en forme de baobabs, avec des tas d’enfants qui se jettent sur nous à notre descente du véhicule pour demander des photos, ou des jouets, ou des stylos, ou des bouteilles, voire de l’argent, tout simplement. Heureusement, un peu plus loin, on est plus tranquille pour profiter de la magie des lieux. Le soleil, bas dans le ciel, fait briller devant nous un petit étang couvert de nénuphars et de petites fleurs violettes. Et derrière, de nombreux baobabs de différentes tailles et différentes formes parsèment l’horizon, où se reflètent dans l’eau. Chacun individuellement apporte quelque chose au décor, et on a comme l’impression de regarder un tableau, peint par la nature. Les Impressionnistes n’auraient pas fait mieux.

 

 

On reste donc là des heures, ou en tout cas de longues minutes, en contemplation devant ce paysage bucolique. Seule ombre au tableau, justement, les nombreux véhicules qui passent sur la piste, perturbant le silence que ce lieu mériterait.

Il n’en demeure pas moins que l’allée des baobabs nous a peut-être offert l’un de nos plus beaux couchers de soleil. Kazu, notre ami japonais, n’a d’ailleurs pas pu s’empêcher d’y retourner le lendemain.

 

 



4 commentaires sur “L’île rouge : au coeur d’une nature unique


     L’île rouge : au coeur d’une nature unique (travel-tv.org/lile-rouge-au-coeur-dune-nature-unique a écrit :

    1 juillet 2015 à 15:14

     Laurent (onechai.fr a écrit :

    2 juillet 2015 à 21:41

    Ah ce train, sans doute un de mes meilleurs voyages en train, une merveille :-) Je suis par contre un peu jaloux pour les Tsingy et l’allée des baobabs, je n’avais pas pu y aller, c’était un peu trop compliqué en transport public. Une bonne raison pour retourner à Mada cela dit :-)


       Benito (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      3 juillet 2015 à 22:41

      Merci pour ton commentaire, Laurent !
      C’est vrai que c’est un chouette train à travers des paysages magnifiques et des villages pittoresques, même si on a trouvé des attitudes « voyeuristes de la misère » chez certains de ses passagers.
      Pour les Tsingy, bon courage pour l’option transport public ! Il y a bien des camion-brousse mais ça a l’air extrêmement galère. Déjà le 4×4 tout neuf nous a pris beaucoup de temps et offert pas mal de secousses, alors le camion-brousse je n’imagine même pas !
      Du coup, on a dû mettre un peu le prix, mais ça le valait. Ces sites sont vraiment exceptionnels !
      Si tu as l’occasion de retourner à Mada, tu peux y aller sans hésiter :-)


     Les pérégrinations de deux Vazaha chez les Gasy • Voyage, Partage et Potage (voyagepartageetpotage.com/2015/07/peregrinations-deux-vazaha-chez-gasy-madagascar a écrit :

    9 juillet 2015 à 07:37

    […] rencontré Naina et Gera, deux guides freelance qui nous ont aidé sur place à organiser notre tour dans les tsingy, à nous dégoter un chouette hôtel au bord de la plage et qu’on a retrouvé de temps en […]

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