Quand deux faranjis se font rouler dans la farine de teff

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On a débarqué en Ethiopie à l’aéroport d’Addis Abeba. Tout droit venus de Madagascar, on était préparés psychologiquement à l’assaut des démarcheurs en tout genre à la sortie de l’aéroport.

On passe la porte de sortie de la zone internationale, quelques personnes sont là à attendre leur famille, leurs amis. Personne ne s’intéresse à nous.

On passe la porte de sortie de l’aéroport, le calme absolu. Pas de vendeurs, pas de rabatteurs, pas de bruit. On prend une grande bouffée d’air, on a le sourire.

On avance vers une file de taxi, il y a un petit bureau, on nous demande notre destination, Gerji Sunshine, on nous montre la liste officielle des prix.

On est loin de l’arrivée bouillonnante à Nairobi ou à Tana.

 

Wahou ! L’Ethiopie c’est vraiment un pays à part !

 

201506 - Ethiopie - 0537Dans le centre-ville d’Addis aussi, les étrangers sont laissés tranquilles. Dans les mini-bus pas besoin de négocier. Il y a bien eu, une fois, le premier jour, ce chauffeur qui nous a grandement arnaqués en triplant le prix de la course. 1$ au lieu de 30cents, ça ne nous avait même pas choqué.

On se sent en sécurité dans la capitale. Notre couchsurfeur nous le confirme. A Addis il y a des pickpockets parfois dans les marchés, pas trop dans la rue, et pas de crimes violents.

On est loin des conseils de prudence reçus à Dar-Es-Salam, Cape Town ou Tana.

Wahou ! L’Ethiopie c’est vraiment un pays à part !

 

Quand on a pris notre premier bus longue distance, on a eu droit au petit déjeuner. Puis ils ont allumé la télé pour mettre un film. Et là, surprise c’est Human Planet, un documentaire de la BBC. L’épisode s’appelle « Arctic – Life in the deep freeze » . Quelle n’est pas notre surprise de voir des images du Groenland et de neige, et une narration en anglais dans un bus local où la grande majorité des gens ne parle pas la langue de Shakespeare.

On est loin des minis-bus archi bondés de Zanzibar ou de Mada.

Wahou ! L’Ethiopie c’est vraiment un pays à part !

 

Niveau culture, là on le savait, l’Ethiopie est un pays à part. Considéré comme le berceau de l’humanité – qui ne connait pas Lucy ? -, c’est aussi le seul pays d’Afrique qui n’a pas été colonisé (hormis une occupation partielle du pays par les Italiens pendant 5 ans à la fin des années 30). Et ça, ça fait une belle différence.

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Dans le pays plus d’une centaines d’ethnies cohabitent et parlent 90 langues !

Niveau religion aussi il y a mixité. L’Ethiopie est un des berceaux du christianisme et presque la moitié de la population fréquente l’Eglise orthodoxe d’Ethiopie. Mais 1/3 de la population pratique l’Islam et il existe aussi une toute petite minorité juive dont la plus grande majorité a été rapatriée en Israël depuis les années 90. Un très beau film existe d’ailleurs sur le sujet : Va, vis et deviens.

Et on ne parle même pas des animistes et du mouvement rastafari. Ce dernier doit son origine à l’empereur éthiopien Haile Selassie, de son nom de jeune homme Ras Tafari, qui sans rien demander a été considéré comme un messie par un mouvement qui s’est développé en Jamaïque dans les années 1930…

Bref, un beau melting pot qui vit (plutôt) dans une bonne harmonie.

Oui, l’Ethiopie c’est vraiment un pays à part !

 

Et ça nous a beaucoup plu.

 

 

Et puis ça a dégénéré.

Je crois que le moment où tout a basculé c’est quand on a appris qu’on venait de payer chacun 75$ de plus que les autres pour notre trek dans les Simiens. Quand on fait attention à nos dépenses chaque jour, qu’on cherche à économiser 1$ par ci par là pour pouvoir voyager longtemps, se faire enfler de 150$ ça fait mal.

On a commencé à être plus méfiants.

 

201506 - Ethiopie - 0272Et on est allé à Lalibela. « La ville de la mafia » , comme on l’a surnommée.

D’abord il y a ceux dans la rue qui vous vendent des tickets de bus au double du prix.

Ensuite il y a les porteurs qui font passer votre sac du sol à la soute et qui vous réclament – parfois violemment – des sous (à vous les étrangers, pas à tout le monde, même si on voit parfois des Ethiopiens qui ont beaucoup d’affaires donner un pourboire).

Après il y a le prix officiel de la visite des églises qui est passé de 17$ à 50$ d’un coup en janvier 2013 ! Quand on sait que cet argent est destiné au clergé et non à la restauration du site, on se sent vraiment pousser des ailes de pigeon… Alors quand les prêtres dans les Eglises insistent pour se faire prendre en photo et qu’après ils nous demandent 2$, d’un coup on ne comprend plus l’anglais, on donne du sourire à tout va et on sort !

 

Et puis il y a eu le 4×4.

Parce qu’on devait rentrer à Addis pour nos passeports et que le trajet en transport public ne se fait qu’en deux jours depuis Lalibela, on a envisagé l’option 4×4 privé qui permettait de rejoindre la capitale en 12h. On avait rencontré deux américains qui étaient aussi tentés par cette option. Ils faisaient du couchsurfing à Lalibela et leur hôte leur avait donné un contact. Au téléphone tout va bien : 500Birr chacun, départ à 4h, arrivée prévue en fin d’aprèm.

« Let’s meet tonight, so you can see the car and the driver ! »

Bizarre de demander à se voir, mais pourquoi pas.

 

Et là ils débarquent à 5. Nous disent qu’ils ne pourront pas faire le trajet en une journée. Et que ok puisqu’on insiste ils veulent bien. Ah mais au fait ce sera 600Birr. Mauvaise foi éhontée sur le tarif précédemment négocié.

Alors là notre mâchoire se décroche. C’est la première fois qu’on rencontre quelqu’un qui revient sur un accord. Dans les négociations, nous les étrangers, on se fait souvent avoir, on paye en général de « un peu plus » à « beaucoup plus » que les locaux suivant notre bagout. C’est rageant, mais c’est vrai aussi qu’on a les moyens de voyager quand la personne en face se bat parfois pour vivre au quotidien. Alors c’est le jeu. Mais quand on a fait un deal, on a fait un deal. Et on ne revient pas sur sa parole.

201506 - Ethiopie - 0343A Lalibela, pas de scrupule.

 

Nous on a envie de se barrer et de les laisser en plan avec leur 4×4 et leur arnaque. De prendre les transports en commun et tant pis pour les 2 jours de trajets. Mais les deux américains, eux, ont leur vol le surlendemain. La nuit est tombée et trouver un autre véhicule capable de partir aux aurores le lendemain relève du miracle. On est comme en slip dans le désert. En position de faiblesse. Coincés.

 

Et en plus ils veulent qu’on paye la moitié maintenant. Jamais. Avec le coup qu’ils viennent de nous faire on a zéro confiance. On se bat et on obtient gain de cause. Et maintenant on prie surtout pour que le chauffeur soit là le lendemain à 4h.

 

Heureusement ce sera le cas. Mais on découvre qu’il y a aussi deux autres personnes dans la voiture et qu’on sera plus serrés que prévu sur le début du parcours. On refuse à nouveau de payer toute la somme au départ. Le chauffeur coupe le contact. On veut les sous. Non. Nouvelles tensions. Il cède. Et finalement ce sera quasiment en silence qu’on passera les 12 heures de trajet. Rude.

Peu avant Addis, le chauffeur nous demande le reste de l’argent pour payer l’essence. Pipeau il en a plein les poches, des billets de 100 à ne savoir qu’en faire. Et nous on en a plein le dos de leur mauvaise foi, mais on veut juste arriver. On paye.

On ne vous raconte même pas le mic mac de l’arrivée, où on ne sera pas déposés aux endroits prévus.

Alors, on lui donne combien de pourboire au chauffeur ?

 

 

Je crois que c’est là qu’on a commencé à être bien gonflés par les trajets longue distance. Mais on n’en était qu’à notre 3ème journée. Au total sur 28 jours passés en Ethiopie nous en aurons passé 7 dans les transports. Et quand je dis jour de transport, je parle de plus de 12h à chaque fois !

Alors autant dire que les 4 derniers trajets nous ont soulés grave.

 

Parce que les bus éthiopiens c’est toujours pareil :

Départ entre 4h30 et 5h30. Aïe le réveil de 03h45 !

12h de bus, 3 pauses. Une pause déjeuner de 30 minutes et deux pauses pipi dans la nature.

Là c’est tactique. Parce qu’au lieu d’avoir une règle tacite de bienséance qui voudraient que les hommes partent d’un côté et les femmes de l’autre, non, les hommes se déploient de part et d’autre de la route. Et nous, ben on n’a plus qu’à marcher, plus loin, pour trouver un rocher ou un arbre. Mes arrêts préférés étant ceux à côté d’une forêts d’eucalyptus, aux troncs de 10cm de diamètre. Mais faut pas traîner à choisir son emplacement parce qu’au bout de 3min30 le chauffeur klaxonne, il faut revenir.

Ou alors il faut adopter la technique éthiopienne : tu restes au milieu de tout le monde et tu t’accroupis dans ta jupe longue.

 

Dans le bus, on alterne entre films et musique. Je ne sais pas ce qui est le pire.

Les films éthiopiens en amharique genre sitcom de bas étage (parce que Human Planet c’était un leurre, ce n’est arrivé qu’une fois). Et quand je disais « les bus éthiopiens c’est toujours pareil », c’est pas des paroles en l’air : on a eu droit à 3 fois le même film, et 2 fois deux autres, sur 7 trajets !

 

Ou alors la musique éthiopienne traditionnelle, dont le niveau sonore devient acceptable seulement après avoir mis des boules Quiès. Et là quand je disais « c’est toujours pareil » : 80% des chansons se basent sur le même rythme ! Tactac tactac. Hallucinant. Et dans les clips on a : un(e) homme(femme) à la campagne en tenue traditionnelle qui chante et un groupe de danseurs(ses) dont le mouvement principal consiste à remuer des épaules. (Cela dit le mouvement d’épaule est effectivement impressionnant). Mais bon quand tu n’es pas capable de comprendre la subtilité des paroles ça devient lassant et lancinant. Et au bout d’un mois tes épaules se mettent à bouger toutes seules pendant que tu te mets à éclater d’un rire nerveux dès qu’une nouvelle chanson démarre. Bref tu craques.

 

[NDLR : D’ailleurs quand je raconte à Benoit que je suis en train d’écrire sur la musique éthiopienne, les symptômes lui reviennent – danse d’épaules, rire spasmodique. Je crois qu’on est marqué à vie.]

 

On exagère ? Voici une playlist trouvée au hasard sur le net. On vous invite à regarder aléatoirement quelques clips pour vous en rendre compte :

 

 

D’ailleurs je me rappelle parfaitement avoir vu le premier clip dans le bus. Pour une belle démo de danse d’épaule : rendez-vous à 2min05.

 

 

Harar. Dernière ville étape en Ethiopie. On vous racontera bientôt la difficulté de trouver un hébergement ou de quoi manger en période de Ramadan. Mais le pompon c’était pour aller voir l’homme qui nourrit les hyènes. Là on a carrément été kidnappés par un tuk-tuk !

 

201506 - Ethiopie - 0536Notre guide étant en retard, on a commencé à se diriger seuls vers le lieu de rendez-vous. Là un tuk-tuk s’arrête à notre hauteur et veut absolument nous emmener voir les hyènes, même à pied. Il nous explique – avec insistance – qu’il aura une commission s’il vient avec nous et que ça ne change rien pour nous. Sauf qu’on espère bien que notre guide va nous rattraper alors on refuse et on avance. Sans scrupule le chauffeur du tuk-tuk descend de son engin et nous suit. Notre guide arrive 30 secondes après mais le mal est fait. Le chauffeur ne nous quittera plus. Et ira annoncer notre arrivée à l’homme aux hyènes en lui disant qu’on est ok pour payer deux fois plus cher que le prix normal. Ce dernier, de mèche, ne voudra pas revenir au prix normal. Non mais on hallucine ou quoi ? Du coup on est partis. On réussira à voir les hyènes le lendemain soir, sans escroquerie du tuk-tuk et au prix normal.

 

 

Ah oui et on ne vous a pas encore parlé des distributeurs cyclothymiques ?

Premier jour à Addis, on voulait retirer des sous. Au distributeur on appuie sur 4000Birr. Il nous en donne 5000. Et puis ça s’est reproduit : on a choisi 3000 on a eu 2000. On a choisi 1000 on a eu 10 (oui on a pu retirer 0,15 euros d’un distributeur – heureusement qu’on ne paie pas de commission à chaque retrait !). Et finalement le dernier jour on a appuyé sur 1000 et on a eu 2000.

Beaucoup plus que ce dont on avait besoin.

Mais ce n’était qu’un détail, une anecdote de plus sur l’Ethiopie. On descendait de 12h de bus, on était crevés, on ne pensait qu’à une chose : dans quelques heures on sera dans l’avion. Fini l’Ethiopie, fini l’Afrique. On voyait vraiment ça comme une délivrance. Alors tant pis s’il fallait changer à l’aéroport avec un mauvais taux de change.

 

Sauf qu’à l’aéroport le bureau de change ne reprend pas les Birr ! Non, mais on est en plein délire ? Une monnaie dont il n’y a pas de marché à l’extérieur ne s’échange pas à l’aéroport ! Et pourtant il y a un bureau de change, avec un mec dedans et un panneau au-dessus avec tous les taux, à la vente et à l’achat. Mais non, pas envie de racheter leur propre monnaie chez eux !

On nous dit d’aller à l’autre terminal. Là-bas on nous apprend que le bureau de change est après la douane. Mais pas de problème vous rejoindrez votre terminal en prenant un bus sur le tarmac. Du grand n’importe quoi !

Alors là un homme « qui veut juste nous aider » (sic) nous propose de reprendre nos Birrs pour 25$. Ils en valent 35$. On craque. Il est 23h, on est crevés, on est hors de nous. Hors de question de subir ce dernier rapt, plutôt faire des cocottes en papier avec ces billets, que de jouer le jeu de la mafia de l’aéroport !

Au final, on vous rassure, on n’en est pas encore à brûler des billets devant une caméra. On s’est dirigés vers le premier touriste venu et on a pu échanger nos derniers sous.

 

 

 

Alors c’est vrai, on était soulagés, contents de quitter l’Ethiopie. Mais on était vraiment crevés physiquement par les transports chaotiques depuis 2 mois à Mada et ici, et crevés mentalement par le fait d’être constamment pris pour un jambon dans un pays où il n’y a même pas de cochon. Et puis sûrement aussi un peu usés par 12 mois sur les routes du monde.

 

Mais ce pays on l’avait rêvé et notre mois là-bas a été clairement au-delà de nos espérances. Alors malgré les quelques milliers de mots précédents, venez découvrir l’Ethiopie, son histoire, ses paysages, sa culture, ses habitants, car oui, l’Ethiopie c’est vraiment un pays à part !

 

 

 



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