Sous le voile, un autre visage de l’Iran

PubliÉ le Catégories : Iran. Tags : , , , .


Avant d’arriver en Iran, je n’avais pas d’appréhension particulière sur le fait de porter un voile. Ça ne me réjouissait pas mais c’était la loi, point. Au-delà de toute considération féministe, je pensais m’y résoudre tout comme je n’allais pas manger de porc ou boire d’alcool. Juste un désagrément du voyage sur une période de temps définie. C’était presque rigolo de se « déguiser » pour faire des photos d’identité, entrer dans le consulat d’Iran à Trabzon et se déshabiller dès la porte de sortie franchie.

 

Et un jeudi je suis arrivée à la frontière. J’ai mis mon foulard.

 

En fait mettre un foulard c’est une métaphore, plus exactement un euphémisme. C’est la partie visible de l’iceberg, pour nous, occidentaux qui n’y connaissons rien.

J’ai mis mon foulard, mais j’ai aussi mis un haut à manches longues qui couvre le décolleté et descend jusque sous les fesses. J’ai mis un pantalon. J’aurais pu mettre une jupe, mais il faut qu’elle descende jusqu’aux chevilles. Je suis montée à l’arrière des bus pendant que Benoît était devant. Ici on ne se mélange pas dans les bus. Dans le métro, on peut, mais nous les femmes, on a le privilège d’avoir des wagons juste pour nous, pour ne pas à être serrées contre des hommes aux heures de pointes par exemple. J’ai arrêté de serrer la main aux hommes. J’ai lâchée celle de Benoît. J’ai parlé à des femmes pendant que Benoît parlait à des hommes. C’est vrai aussi que parfois je répondais à la place de Benoît quand on s’adressait à lui. Ca n’offusquait personne, mais la première approche d’un homme sera toujours vers lui, alors qu’une femme s’adressera à moi.

 

Et puis j’ai eu chaud. Très chaud. Faut dire qu’il fait 40°C et qu’entre le foulard qui tient chaud aux oreilles et ma tunique à manches longues, je rôtissais comme un gigot sur sa broche. Et je ne pouvais pas vraiment étancher ma soif : c’était Ramadan, alors interdit de boire ostensiblement dans la rue.

 

201507 - Iran - 0103Et puis on a pris une chambre avec salle de bain et toilettes communes à Téhéran. Comme on fait souvent. Sauf que là il fallait faire trente pas sur une mezzanine qui donnait sur la cour de l’hôtel pour rejoindre la douche et les toilettes. Donc lieu public. Donc tout l’attirail. Pantalon – tunique manches longues – foulard. Pipi. Retour chambre. Short – T-shirt – Clim. Pour trente pas. Super pratique. Idem pour la douche.

 

Et puis il y avait parfois du vent. Je marchais dans la rue et mon foulard n’arrêtait pas de s’envoler. Je devais toutes les 3 minutes le replacer derrière l’épaule. Il y avait bien la solution de faire un nœud autour du cou, mais ça tient encore plus chaud.

C’était saoulant. Comment elles font toutes ces Iraniennes que je croise ? Elles ont des cheveux en scratch ? J’ai l’impression que rien ne bouge chez elles et que tout fout le camp chez moi.

C’était vraiment saoulant. Ca bouillonnait à l’intérieur, et pas que pour la chaleur. J’avais une sorte de rage. Sentiment étrange pour moi. Je regardais tous ces hommes autour de moi, cheveux dans le vent, chemisette. Je les détestais, eux qui se baladaient tranquilles sans rien dire en laissant leurs femmes se dépatouiller avec tout ça.

 

Et d’un coup je me suis dit que tous ces hommes je ne les connaissais pas. Je les jugeais sans même leur avoir adressé la parole. Qui sait si c’est vraiment ce qu’ils veulent pour leur femme, fille, sœur. Ici le voile, c’est politique, c’est la loi, ils n’ont pas le choix, elles encore moins. Cette colère ne me menait nulle part.

Et surtout je ne savais même pas pourquoi il fallait le porter ce voile. C’est peut être ça qui me dérangeait le plus, dans le fond. Pour une agnostique rationnelle comme moi être contrainte à quelque chose dont on ne connait ni la justification, ni le sens, c’est peut être ça le pire.

 

Alors j’ai commencé à poser des questions. Sur le voile d’abord. J’ai ouvert une boite de Pandore, une question en amenant une autre on a commencé à découvrir un peu le quotidien des Iraniennes. Mais aussi celui des Iraniens. Dans ce pays dont on connait si peu.

 

 

Paroles

Voici quelques-unes de mes questions, de leurs réponses. Sans ordre chronologique, ni prénom, ni ville. Peu importe. Ces citations n’ont pas pour objectif d’être exhaustives ni représentatives de la pensée iranienne.

Il s’agit juste de quelques paroles d’Iraniennes et d’Iraniens d’aujourd’hui, sans jugement, sans artéfact.

 

 

Pourquoi mettre un voile ?

 

« On met un foulard parce que c’est Dieu qui l’a demandé. C’est une raison suffisante. Mais si tu veux chercher plus loin, alors c’est parce que nous avons toutes une personnalité différente et que nous voulons que les hommes regardent d’abord ce que nous sommes et non notre physique. »

 

« On met un foulard parce que c’est la loi. »

 

« Ils disent que le prophète Mahomet couvrait ses femmes. Alors nous aussi on doit se couvrir. Mais personne ne peut vraiment prouver qu’il les avait couvertes. »

 

« On met un voile parce qu’on croit en Dieu. Je ne pourrais pas te donner une justification que tu pourrais comprendre. »

 

« Nous, les zoroastriens, on mettait des voiles blancs pour les cérémonies, c’était gai. Je ne comprends pas pourquoi ils veulent qu’on mette du noir ici. C’est tellement triste. »

 

« Une fois je suis sortie avec un chapeau à la place du voile. Pourtant il couvrait bien mes cheveux. La police m’a arrêtée. Ils m’ont mis dans la voiture et emmenée au poste. Là ils m’ont questionné pendant longtemps. Ils voulaient savoir pourquoi je n’avais pas de voile. Je pleurais. »

 

201507 - Iran - 0539« – On met un foulard pour cacher notre beauté. Elle est réservé à notre mari et notre famille. Les hommes, eux, ils n’ont pas vraiment de beauté spéciale.

– Ah bon ?

– Hum c’est vrai que quand je regarde mon copain je le trouve beau aussi. »

 

« – Dans la rue je mets un tchador.

– Pourquoi ?

– C’est mon copain qui préfère. Il ne veut pas que les autres hommes me regardent trop. Il sait bien comment ils sont. Ce n’est pas comme chez vous, ici ils n’ont pas l’habitude de voir des cheveux, ou des filles trop découvertes alors ils ne faut pas leur donner envie.

– Et toi tu en penses quoi ?

– Moi je n’aime pas porter le tchador. Mais je dois dire que c’est vrai que quand j’ai mon tchador dans la rue, je me sens plus en sécurité.

– …

– J’espère aussi que quand on sera mariés, il va accepter que je sorte sans.

– Mais ça change quoi par rapport au regard des hommes ? Eux ils ne sauront pas que tu es mariée.

– C’est juste que quand on sera mariés, je serai à lui. Alors il sera rassuré. »

 

 

 

Les femmes en Iran

 

« – Il y a des écoles de filles et des écoles de garçons. Le bâtiment des filles et celui des garçons doivent d’ailleurs être séparés d’au moins 400m. C’est pour pas que les filles et garçons se côtoient.

– Et c’est les mêmes programmes dans les deux écoles ?

– Oui. Ils ont les mêmes livres et les mêmes cours. Sauf un. Les garçons ont un cours sur l’industrie pendant que les filles apprennent la couture, la cuisine et les travaux ménagers. »

 

« J’ai eu une bourse pour étudier en Europe, mais je devais avoir une lettre de mon mari pour pouvoir voyager. Il a refusé. Alors je n’ai pas pu étudier à l’étranger. »

 

« – C’est toi qui a demandé le divorce ?

– Oui.

– Donc une femme peut demander le divorce en Iran ?

– Non. Mais comme nous étions tous les deux un peu connus dans le milieu de la presse, il aurait détruit sa carrière s’il n’acceptait pas de divorcer. Ça a été ma chance. Mais quand il est parti il a tout pris, même mes vêtements. »

 

201507 - Iran - 0060-2« – Quand on s’est marié, on a signé un contrat. Je lui dois 400 pièces d’or. C’est virtuel car il me faut un mois de salaire pour une pièce d’or. Mais si on se sépare elle peut les réclamer.

– Elle peut demander le divorce ?

– Non les femmes ne peuvent pas demander le divorce. Sauf dans des conditions très particulières, si je suis un voleur ou si j’ai des addictions ou si je ne suis pas au domicile pendant 6 mois consécutifs. Mais si je reviens une seule nuit, le compteur revient à zéro. En Iran c’est très compliqué de divorcer ».

 

« – Les filles aiment les grosses voitures et les garçons qui ont une grosse voiture. C’est comme ça que j’ai rencontré ma copine. J’étais au volant, elle sur le trottoir. Elle est blonde, décolorée, avec de longs cheveux. Il n’y a pas de blondes ici alors moi ça m’a plu. On a parlé, je lui ai donné mon numéro et le lendemain on s’est revu. Depuis on est ensemble. C’était il y a un an.

– Mais vous n’êtes pas mariés ?

– Non car je viens d’une famille riche et elle non. Alors ma famille n’est pas d’accord. Ils me présentent d’autres filles mais je refuse. Je pense qu’un jour ils vont accepter. Je dois être patient. »

 

« Non, je n’ai pas très envie de me marier avec elle. Parce que je voudrais voyager et elle, elle va être professeur alors elle ne pourra pas partir. Mais c’est une fille bien, elle est gentille et intelligente. Mais moi j’aimerais avoir une femme ukrainienne ou française. »

 

« – Ma fille adore danser. Elle apprend la danse iranienne, arabe et hip hop.

– Il y a des écoles de danse ?

– Non, c’est interdit de danser en dehors de chez soi. Mais il y a des écoles secrètes. »

 

 

La religion

 

201507 - Iran - 0050« – Avec mon mari on est athée. Mais sur nos passeports c’est écrit « Musulman ». Et quand on doit remplir un papier officiel on coche la case « Musulman ». Sinon on peut avoir des difficultés. Par exemple on ne peut pas avoir certains emplois.

– Il y a une case athée parmi les choix ?

– Non il y a « autres » « 

 

 » Quand un enfant nait, le mollah souffle des paroles aux oreilles de l’enfant et il devient musulman. Si tu ne veux plus être musulman c’est très compliqué ici. Je dirais même impossible. »

 

« Il y a beaucoup de gens qui ne croient plus en l’Islam désormais. Même certains font exprès de faire des choses qui sont contre la religion musulmane, juste par opposition au régime. Par exemple, il y a beaucoup de gens qui boivent de l’alcool par révolte. Mais si on n’avait pas toutes ces restrictions, je suis sûr qu’ils ne boiraient pas. »

 

 

Le quotidien

 

« Ils interdisent la plupart des divertissements. Il n’y a pas de spectacles, très peu de concerts, de cinémas, tout cela est très contrôlé. »

 

« Pour me divertir je vais pique-niquer avec ma famille. Sinon avec des amis on va la nuit dans des petites ruelles désertes avec notre voiture et on roule aussi vite que possible. »

 

« J’ai voulu écrire un livre de poèmes, mais il y en avait un qui était un peu201507 - Iran - 0068 critique alors ils m’ont interdit de le publier. Depuis je suis fichée, je ne peux plus aller à l’étranger. »

 

« Je n’héberge plus de couchsurfer car dans notre ville ils surveillent. Parfois ils se connectent au site et nous envoient des messages pour qu’on arrête. Moi je leur ai demandé la loi qui interdisait de le faire, bien sûr il n’y en a pas. Mais je ne veux pas avoir d’ennuis alors j’ai passé une certification de guide comme ça je peux être en contact avec des étrangers officiellement. »

 

« Je ne vous ai écrit que le nom de la rue, je n’ai pas envie que le taxi sache exactement chez qui vous vous rendez »

 

« J’aimerais bien avoir un chat, mais ici ce n’est pas très bien vu d’avoir des animaux à la maison. »

 

« Pour vivre heureux ici, on vit caché »

 

 

 

 

 

Un pays de contradictions

 

Plus on discutait, plus on découvrait la vie cachée des Iraniens, plus on était frappé par les contradictions de ce pays.

 

 

Il est interdit pour les femmes de chanter en public et donc de faire des disques. Mais tout le monde écoute des mp3 de chanteuses iraniennes expatriées à fond dans sa voiture, fenêtres ouvertes.

 

201507 - Iran - 0087Les femmes doivent être couvertes, voilées, ne pas montrer leurs atouts physiques. Pourtant :

  • Le voile est très libéral, coloré, surtout à Téhéran. On pourrait presque dire sexy. Les cheveux sont bien souvent apparents. Parfois seul le chignon est caché. On voit des blondes. On n’a néanmoins pas vu de foulard à paillettes.
  • Les habits sont parfois moulants.
  • Beaucoup de femmes ont ce qu’on a appelé « le sourcil iranien » : elles s’épilent la fin de leur sourcil pour ne garder qu’un trait qui part du nez et remonte. Souvent complété par du maquillage.
  • Il y a moins de filles maquillées que chez nous. Mais celles qui se maquillent, le font à outrance.
  • Beaucoup de filles se font refaire le nez. Pour le rétrécir et le retrousser.
  • Dans le bazar de Téhéran on trouve des allées entières de soutiens gorges rembourrés et fluorescents bien mis en évidence.

 

Le tchador couvre le corps de la tête aux jambes. Il n’est pas obligatoire et minoritairement utilisé. Souvent un grand morceau de tissu noir, parfois avec des manches. Mais rien pour le fermer devant. Alors les femmes le tiennent avec une main toute la journée. Et quand elles ont besoin de cette main elles le coincent entre leurs dents. Mais pourquoi ne pas mettre un bouton, un aimant, un crochet et être libre de ses deux mains ???

 

Il y a une importante censure d’Internet dans le pays. En particulier les réseaux sociaux. Mais ici les gens sont des experts des proxys. Et tout le monde a un compte Facebook. Voire Twitter. Y compris les membres du gouvernement.

 

Tout le monde regarde la télé sur satellite avec des chaines étrangères et leur lot de femmes voluptueuses non censurées.

 

 

 

La propagande

 

201507 - Iran - 0023En Iran ceux qu’on avait surnommé les Dupondt – pour ne pas prononcer leurs noms dans la rue – sont partout.

En photos, en peintures, en petit dans les magasins, en grand dans la rue. Impossible d’oublier Khomeini, le père de la Révolution qui a créé la République Islamique d’Iran et qui a occupé la fonction de Guide de la Révolution jusqu’à sa mort. Ni Khamenei, son successeur au poste de Guide de la Révolution, actuellement en fonction.

Culte de la personnalité ou rappel qu’ici tout n’est pas permis et qu’on est surveillé ?

Une chose est sûre, on ne peut pas les manquer. Quant à les différencier pour les novices ? Facile ! Le père de la révolution n’a pas de lunettes, ni de sourire et regarde en général de travers.

 

 

201507 - Iran - 0028

En concurrence avec les portraits des Dupondt en terme de nombre, on trouve ces boites jaunes et bleues un peu partout dans les villes.

Notre premier couchsurfer nous apprend amusé que, non, ce ne sont pas des boites aux lettres mais des boites à dons pour les personnes âgées et les orphelins par exemple. En fait, tout le produit de cette charité, qui est mis dans ces boîtes, est collecté au niveau national, et redistribué aux personnes nécessiteuses selon le bon vouloir des autorités religieuses. Et quand on dit qu’il y en a vraiment beaucoup, on parle d’une boite tous les 50m ! Genre, tu peux être débarqué n’importe où à Téhéran, il y aura toujours une boite à dons à portée de vue pour pouvoir faire ton obole. Coincé dans un magasin ? Pas de souci, il y a aussi des mini-boites à la caisse !

 

 

A Téhéran, l’ancienne ambassade des Etats-Unis mérite également un petit passage. Elle est fermée depuis 1979, lorsque 52 diplomates et civils américains ont été retenus en otage pendant 444 jours par des étudiants iraniens. Ses murs d’enceinte sont aujourd’hui recouverts de graffitis haineux contre les ennemis du régime iranien, des messages de propagande en farsi dont on aimerait connaitre le sens, et des dessins un peu plus faciles à déchiffrer. D’ailleurs, ces murs sont peut-être les seuls de la ville à exhiber ce type d’art de rue…

 

 

 

L’Ebrat Museum

Toujours sur la thématique de la propagande du régime actuel, l’Ebrat Museum est un lieu particulièrement important. Sous le régime des Shahs (rois), c’est entre ces murs qu’étaient emprisonnés, et torturés, les opposants politiques. Aujourd’hui, la prison a été convertie en musée, et d’anciens prisonniers vous y guident et vous expliquent, en farsi, les différentes atrocités perpétrées ici-même.

En guise d’introduction, un film rappelle que ce sont les américains et les israéliens qui avaient « la main » derrière la chasse aux opposants du Shah, que ce sont leurs méthodes de torture, celles de la CIA et du Mossad, qui ont été enseignées aux généraux du régime. Et que ces mêmes méthodes sont encore utilisées de nos jours par ces deux pays. Qui d’ailleurs ont accueillis les anciens bourreaux du Shah. Voilà qui donne le ton de la visite !

 

La suite est particulièrement malsaine, les lieux ayant été conservés tels quels. Une prison ronde, construite pour que les cris ne sortent pas vers l’extérieur mais se répercutent à l’intérieur. L’ambiance de l’époque est rendue le plus fidèlement possible avec des mannequins d’hommes et de femmes en train d’être torturés par-ci par-là, d’autres prostrés dans leurs minuscules cellules, des traces de faux sang sur le sol et les murs, voire des bandes sons rendant tout cela quasi réel…

Glauque au possible !

 

 

On présente les diverses méthodes de torture utilisées, les prisonniers célèbres et les conditions de vie au sein de ce lieu de l’horreur. De petits films reconstituent des scènes croustillantes de la vie dans cette prison.

Un petit jus d’orange et un biscuit à la fin de la visite, pour ceux qui auraient encore envie de manger après cela.

Bref, il y a une importante propagande du régime actuel derrière tout ça. Il dénonce à juste titre l’horreur de ces lieux, probablement la part jouée par l’occident dans le soutien au régime du Shah.

Mais aujourd’hui qu’advient-il aux opposants du régime ?

 

201508 - Iran - 0770Sur un mur de cette prison-musée, un panneau indique « la liberté n’est pas gratuite » pour rappeler les sacrifices et le courage de ces prisonniers qui se sont battus pour mener à la victoire de la révolution et au régime actuel.

Ils ont fait tomber le Shah et ses bourreaux, mais après un mois passé dans ce pays, nous nous sentons un peu claustrophobes dans ce qu’ils appellent « liberté ».

 

 

La lettre

Et puis il y a eu aussi notre visite du mausolée Shah Cheragh à Shiraz. On vous avait raconté qu’on avait été accueillis dans le bureau des étrangers pour une petite introduction au monument. Mais pas que. On nous a aussi remis cette lettre, intitulée « Aux jeunes d’Europe et d’Amérique du Nord » .

 

20150731_051849216_iOSEn fait il s’agit d’un message écrit par l’Ayatollah Khamenei en janvier 2015, suite aux attaques survenues en France. Il appelle les jeunes d’Occident à mieux connaître l’Islam à travers ses sources authentiques – le Coran principalement – et non au travers des médias, des on-dit et des préjugés.

Nous n’avions pas eu vent de cette lettre à l’époque. Nous avions vécu « de loin » le chaos médiatique et le raz-de-marée émotionnel suscités par les événements de Charlie Hebdo. Il faut croire que cette lettre n’avait pas été la plus médiatisée.

 

A l’heure du tourisme de consommation, où la quantité remplace de plus en plus la qualité, où la proportion de photos consacrées à soi-même supplante peu à peu celles dédiées à ce que l’on voit, on a trouvé que la diffusion de cette lettre lors de la visite d’un mausolée était intéressante. Cet appel à réfléchir par soi-même, à croire ce que l’on voit et non ce que l’on nous montre, a une résonance particulière pour nous qui visitions l’Iran depuis alors presque un mois.

Nous ne sommes pas en accord avec le mode de vie imposé dans le pays, mais pour autant ce que nous avons vécu ici – et en particulier l’accueil que nous avons reçu – est bien loin de l’image diabolisée véhiculée en France. On ne compte plus les fois où on nous a demandé :

« si ce n’était pas dangereux » de voyager en Iran. Non, pas plus qu’ailleurs. Au contraire, même.

« avec l’Etat Islamique, Al-Qaïda et compagnie » . Non, il n’y a pas de telles organisations terroristes en Iran.

« avec le nucléaire » . C’est vrai que c’est le sujet de la dernière décennie et au final on en a plus souvent entendu parler que de la façon de vivre des Iraniens.

 

 

Alors c’est d’eux dont on avait envie de parler dans cet article.

Mais surtout on a envie de vous dire : Venez voir par vous-même ! 

Vous y découvrirez tellement de belles choses, serez accueilli d’une façon incroyable et repartirez enrichi d’avoir touché du doigt le quotidien de ces gens qu’en fait on ne connaissait pas vraiment.

 

 

Car bien sûr, après un mois en Iran, on n’a fait qu’effleurer leur mode de vie. La justification du voile reste un mystère. Quant à toutes ces interdictions, on repart avec plus d’interrogations que de réponses.

Reste que ce fut un mois d’une extrême richesse, rempli de rencontres et de discussions qui vous chamboulent, à la découverte d’un pays si strict mais aux habitants si accueillants.

Passionnant.

 

Iran - Sous le voile



11 commentaires sur “Sous le voile, un autre visage de l’Iran


     Laurent (onechai.fr a écrit :

    20 septembre 2015 à 22:09

    Je ne suis bien évidemment pas en grand fan du tchador, mais je dois reconnaître avoir moi aussi été plus que surpris du côté extrêmement élégant dont certaines femmes le portent à Téhéran. Ce n’est plus vraiment un voile pour le coup, ça n’a rien de strict et ça l’éloigne d’autant plus du concept même de ce voile.
    Dans les campagnes, évidemment, c’est une tout autre paire de manche. Je pense en fait avoir rarement visité un pays avec un aussi grand écart libéral/conservateur entre capitale et campagne. C’est le grand écart.


       Frisita (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      23 septembre 2015 à 04:28

      Salut Laurent !
      Effectivement c’est le grand écart entre campagne et capitale. A Téhéran on voit beaucoup de voiles de couleurs, ils découvrent parfois beaucoup de cheveux et on voit assez peu de tchador (le grand voile noir qui recouvre le corps), ce dernier n’étant pas obligatoire en Iran. Mais dans les campagnes beaucoup plus de noir et de tchadors, les habits sont aussi moins « moulant ». De même le couchsurfing est mieux « toléré » dans les grandes villes, du moins il doit passer plus inaperçu.


       Tee a écrit :

      22 mai 2017 à 14:30

      Lamentable.


     Miriane (mate-macrame.com a écrit :

    23 septembre 2015 à 17:30

    L’Iran me fascine depuis quelques années, sans pourtant que j’y ai mis les pieds. C’est peut-être à cause de quelques bijoux du cinéma qui ont aiguisé ma curiosité. L’Iran… L’un des berceaux de la civilisation… vivant un moyen-âge de mauvais goût dirigé par une poignée de fanatiques. J’ai beaucoup aimé votre article. En lisant les dialogues, on perçoit le mode de pensée iranien, les perceptions, les interdits, le machisme rampant (non seulement des autorités, mais aussi des époux qui en tirent profit, comme le copain jaloux de la jeune fille au tchador)… En même temps on sent un désir de vivre qui brûle, en dessous du voile ;) « On continue à vivre heureux, mais en cachette »… Merci pour ce riche partage de votre expérience!


       Frisita (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      3 octobre 2015 à 03:59

      « Un désir de vivre qui brûle en dessous du voile » c’est exactement ça ! Ils sortent tout juste d’une dure révolution qui ne les a pas tout à fait amenés là où ils pensaient aller. Encore un peu groggy, on sent leur impuissance face au pouvoir mais leur furieuse gentillesse et bonne humeur. Ils trouvent des parades pour regagner un peu de libertés. On sent que ça bouge, sous terre, très doucement. Pourtant plusieurs nous ont dit ne pas être optimistes pour leur pays. Moi, j’aime à croire que leur bonté sera un jour récompensée.


     Bianca @ La Grande Déroute (lagrandederoute.com a écrit :

    24 septembre 2015 à 03:25

    J’ai a-do-ré cet article ! Le ton, le contenu. La culture iranienne semble fascinante, difficile à déchiffrer (et rare sont ceux qui tentent de le faire). Quelle richesse que d’avoir pu voir «en-dessous du voile».


       Frisita (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      3 octobre 2015 à 04:18

      Merci Bianca. La culture iranienne est effectivement fascinante. On avait trouvé pas mal de blogs parlant des beautés architecturales de l’Iran et de leur incroyable hospitalité mais peu qui parlaient de religion, de politique, de vie quotidienne. Il faut dire que ce n’est pas évident d’écrire sur ces sujets. Mais là bas on a eu tellement de discussions passionnantes, déroutantes, dérangeantes qu’on avait vraiment envie d’en parler plus longuement. Une manière aussi de casser un peu certaines idées reçues sur l’Iran et de donner envie d’aller découvrir par soi-même ce pays coup de cœur.


     Alice a écrit :

    8 mars 2016 à 13:57

    Un grand merci pour ce récit de voyage passionnant ! J’admire votre objectivité, détachée de jugement. Je vais prochainement à Téhéran et j’avais une petite question concernant les vêtements. Pour les femmes le corps doit être couvert jusqu’aux chevilles, cela signifie que celles-ci peuvent être apparentes ? Sinon, j’ai lu sur pas mal de blog que les jeans sont autorisés, mais doivent-ils être amples ? (Session shopping en perspective !) Merci de votre réponse !
    Pour ceux que ça intéresse, il y a eu un C dans l’air consacré à l’Iran, le 1er Mars, intitulé « Iran, l’ouverture en marche », à regarder en replay.


       Frisita (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      11 mars 2016 à 12:04

      Bonjour Alice, merci pour ton message. Concernant les habits, pas de problème pour les jeans, j’en ai vu pas mal et ils n’étaient pas spécialement amples. Surtout à Téhéran, où les femmes sont très coquettes. J’ai vu aussi des pantalons cigarettes mais qui couvraient les chevilles. L’important est d’avoir une tunique ample à manches longues et qui descend bien sous les fesses (genre jusqu’à mi-cuisses). Par contre je ne me souviens pas avoir vu de femmes en legging et encore moins en pantalon 3/4, donc ça j’éviterais. Donc mieux vaut couvrir les chevilles avec n’importe quel pantalon et ne pas avoir à se poser de question sur place. Prends des habits légers si tu vas en été car il fait très chaud !
      Bonne session shopping et surtout très bon voyage en Iran !


     Alice a écrit :

    14 mars 2016 à 12:05

    Merci beaucoup pour votre réponse ! Plus je m’intéresse à la culture iranienne plus je la trouve passionante. C’est dingue que l’Iran soit si méconnu .. J’ai hâte d’y aller ! Merci pour votre blog (génial!) et bons voyages !


     TSAGA (tsagaventure.com a écrit :

    21 mars 2017 à 10:17

    Bravo pour ce très bel article sur l’Iran ! Revenant de ce même ays il y a 15 jours (à ski), j’ai trouvé votre site par hasard, et vos réflexions sonnent tellement juste sur ce que nous avons (rapidement) découvert.
    Bonne continuation,
    Ariane (Tsagaventure).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *