Sur la route des merveilles de la civilisation persane

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C’est par un itinéraire de villes en villes que l’on vous propose de démarrer le récit de nos aventures en Iran. Sur cette route, dont l’ordre diffère légèrement de notre circuit réellement parcouru, on a croisé de nombreux gens extrêmement accueillants, discuté avec eux de différents aspects de leur vie quotidienne, on s’est interrogés sur leurs croyances, leurs coutumes, leur vision du monde et de leur pays… Tout cela nous a beaucoup passionné, beaucoup questionné également, et on en parlera en détail dans de prochains articles.

 

Mais d’abord, on veut vous présenter tout ce que l’on a pu voir sur cette route. En plus d’une nature intéressante et de jolis paysages – comme presque partout – c’est surtout de civilisation dont on veut parler ici. En particulier de la civilisation persane, vieille de plusieurs millénaires, et qui a laissé quantité de merveilles aux quatre coins de l’Iran d’aujourd’hui. Cette civilisation nous a fascinés, et en voici différents aspects découverts au fil de notre parcours.

 

 

Tabriz

Depuis la frontière turque, on part directement pour Tabriz, à 300 kilomètres de là. La plus grande ville de la province de l’Azerbaïdjan, qui occupe tout le Nord-Ouest du pays. Dans cette région, on parle plus azéri que farsi. Ca nous va bien, car l’azéri est très proche du turc, une langue dont on connaît déjà une bonne dizaine de mots !

 

En une seule journée à Tabriz, majoritairement passée dans le bazar, on a seulement eu le temps de visiter la célèbre mosquée bleue. Le bâtiment a subi les terribles conséquences de différents séismes, et ça se voit. On n’a pas trouvé cette mosquée des plus intéressantes, et pour nous elle ne vaut pas les 100 000 rials demandés à l’entrée. Il y a bien plus beau et impressionnant ailleurs !

 

 

La gare ferroviaire, par contre, vaut le coup d’œil quand on est amené à y passer. C’est un bâtiment remarquable, immense, ancien, tout en grosses pierres. L’ensemble est très haut et très imposant, dans un style que l’on pourrait qualifier de soviétique. Les alentours de la gare de Tabriz valent aussi le coup d’œil : une immense place devant, et de très larges avenues pour y arriver. Tellement larges qu’un parc en sépare les deux voies. Ici, ce n’est pas la place qui manque !

 

 

Kandovan

On prend ensuite la direction du village de Kandovan, à une bonne quarantaine de kilomètres de là. C’est un village troglodyte qui a vu ses premiers habitants arriver il y a 2500 ans, et y creuser des habitations dans la montagne pour s’y installer. Depuis, le village s’est bien étendu, mais les vieilles habitations troglodytes sont aujourd’hui toujours présentes, et habitées. Cependant, une bonne partie d’entre elles a été reconvertie en magasins, principalement dédiés aux touristes.

 

Tout en haut du village, on peut voir son étendue actuelle, qui va bien au-delà de la rivière en contrebas de la montagne. Là-haut, alors qu’on s’est mis à l’abri pour laisser passer une averse, un homme nous aborde et nous explique que ses parents vivent dans la maison juste en face, une habitation troglodyte traditionnelle. Il nous invite à venir la visiter, alors on ne se fait pas prier. On se déchausse et rentre dans un vestibule étroit et bas de plafond. Un lavabo avec de l’eau courante est en face de nous. A notre gauche, une pièce à vivre avec de grands tapis au sol et de nombreux coussins, un endroit où l’on vient lire, prier, manger… A notre droite, une pièce pour dormir, se changer, cuisiner, se laver. C’est plutôt simple, mais l’homme nous apprend que tout cela a été excavé de la montagne, au rythme de 1 mètre cube par jour !

 

Ce premier contact avec un village iranien nous a bien plu. Le site est plutôt bien préservé et donne l’impression que pas grand-chose n’a bougé ici depuis 2500 ans. Une éternité pour un village !

 

 

 

Qazvin

A seulement 150 km de Téhéran, Qazvin a d’abord été la première capitale de l’empire safavide, de 1555 à 1597. Elle abrite donc des lieux historiquement riches, tels que ses musées, ses portes, ses mosquées et son bazar. Mais surtout, Qazvin a été et demeure encore aujourd’hui la capitale de la calligraphie persane. Dans le palais de Chehel Sotun, du même nom que le célèbre palais aux 40 colonnes d’Esfahan, se trouve aujourd’hui le musée de la calligraphie. De superbes pièces des grands calligraphes perses des siècles passés y sont exposées. On peut y apprécier la beauté des lettres, les variations d’épaisseurs du trait, d’une précision chirurgicale, et la finesse des décorations autour des écritures. Un travail remarquable !

Un peu plus tard, au bazar, on a même la chance de voir un calligraphe contemporain à l’œuvre. Un beau moment où l’on se laisse aller au rêve et à la poésie, pendant que le crayon vole et crisse sur le papier !

 

 

201508 - Iran - 0717Dans le centre de Qazvin, les anciens bains valent aussi le déplacement. Reconvertis aujourd’hui en musée de la vie traditionnelle, on y découvre des reconstitutions de scènes du quotidien en Iran, il y a plusieurs décennies.

L’une d’entre elles a particulièrement retenu notre attention : celui du partage du lait. On y découvre qu’en saison sèche, dans les villages, le lait est exploité de manière coopérative. Comme il y en a trop peu pour que chacun en fasse quelque chose, les familles se réunissent par groupes de 3-4, et le lait de tout ce monde est donné à une seule famille, pour qu’elle puisse en faire des yaourts, du fromage, de la crème pour plusieurs jours. Le lendemain, le lait est donné à une autre famille, et ainsi de suite, chaque jour. Un bel exemple de solidarité dicté par la difficulté des conditions climatiques de la région. Le musée dans son ensemble est plutôt bien fait, et permet en outre de s’immerger un peu dans l’ambiance et l’architecture des bains traditionnels.

 

 

Le fort d’Alamut

A deux bonnes heures de route de Qazvin, le fort d’Alamut constitue une intéressante option d’excursion à la journée. Seule contrainte : l’accès au site, difficile autrement qu’en taxi à partager avec d’autres touristes de préférence.

 

Alamut est une ancienne forteresse à flan de colline qui a été bâtie au IXème siècle. A partir de 1090, elle a servi de siège à la secte chiite ismaélienne des Nizarites, autrement connus sous le nom des « Assassins ». Les explications de l’origine de ce surnom varient, mais toujours est-il que les hauts représentants de ce courant religieux ont vécu de nombreuses années dans ce fort difficile d’accès, perché en haut d’une montagne et extrêmement bien protégé. Tellement inaccessible qu’on se demande bien quel pouvait être leur quotidien là-haut !

 

Et puis, en 1256, l’invasion mongole a mis fin aux activités de cette secte et détruit grandement la forteresse. Lors de notre passage, le site était en restauration, avec malheureusement beaucoup d’échafaudages et de toitures métalliques pour nous gêner, tant pour la vue d’ensemble que pour l’observation des détails à l’intérieur de la forteresse.

 

En revanche, de là-haut, on a quand même bénéficié d’un superbe panorama sur les montagnes aux alentours, leurs nombreuses strates brunes, régulièrement espacées et inclinées, et les nombreuses nuances d’ocre, de jaune, de rouge, d’orangé, de vert tout autour… Au loin, on est même parvenu à distinguer des neiges éternelles. Trop cool !

Rien que pour la vue sur la région, sauvage et isolée, cela vaut le coup de passer par Alamut.

 

 

 

Chaîne de l’Alborz et mer Caspienne

De Qazvin, plutôt que de continuer sur Téhéran par le train ou l’autoroute, ce qui prend environ 2 heures, on a préféré faire un gros détour, plus long en temps qu’en distance, vers la mer Caspienne. L’occasion de découvrir de nouveaux paysages iraniens dans cette région montagneuse et bien plus humide. Des paysages de grands arbres verts, de conifères s’élevant vers le ciel sur les pentes raides des montagnes, où coulent de nombreux petits ruisseaux.

 

Une fois la chaîne de l’Alborz traversée, la mer Caspienne apparaît enfin. A Ramsar, station balnéaire huppée du littoral, la plage est caillouteuse, pleine de galets. Un léger courant anime l’eau qui vient s’abattre par petites vaguelettes sur la côte. Cette ville est bien moins industrielle que les autres de la région, ce qui explique peut-être qu’ici, l’eau ne paraisse pas si sale et polluée que ce qu’on a pu lire par ailleurs à propos de la mer Caspienne.

 

 

A peine une petite journée dans cet environnement unique en l’Iran et on repart vers Téhéran. Mais la route qui passe par Chalous et Karaj, à travers la chaîne de l’Alborz au nord de Téhéran, est vraiment magnifique. On passe plusieurs heures à serpenter au milieu des hautes montagnes, à 40 km/h, avec des rivières et des barrages en contrebas de la route. Petit à petit, on sent que l’humidité de l’air diminue. Les grands arbres se raréfient, les petits buissons et herbes jaunes réapparaissent. Puis c’est le retour à la ville. De larges avenues avec énormément de véhicules, motos, autos, taxis dans tous les sens, beaucoup de poussière, de pollution et une forte chaleur : on est arrivé à Téhéran !

 

 

Téhéran

201507 - Iran - 0089Téhéran est immense, et ses attractions touristiques sont disséminées aux quatre coins de la ville. Tout à l’Ouest, à proximité d’un grand terminal de bus et de l’aéroport domestique, on trouve par exemple le monument d’Azadi. Un édifice bâti au milieu d’un carrefour gigantesque au trafic non moins impressionnant. Pour le rejoindre, on peut soit emprunter le souterrain pour accéder à la place, soit tenter de traverser à pied au milieu de la dense circulation, un exercice périlleux mais gratifiant. Une montée d’adrénaline en plein cœur de Téhéran !

 

Une fois sur site, on peut enfin apprécier la magnifique structure blanche aux liserés bleus turquoise (autrement appelé bleu persan, à juste titre), entourée de jardins et de fontaines. Malheureusement pour nous, ils étaient en rénovation au moment de notre visite…

 

Après cela, retour dans le centre. On part cette fois pour le musée du Trésor, qui occupe une seule pièce, plutôt grande, située sous la banque nationale d’Iran. Là-bas sont regroupés tous les trésors, toutes les raretés les plus précieuses du pays : gemmes, pierres précieuses, bijoux, diamants, objets en or, en argent, en platine… Certains objets royaux sont ornés de pierres parmi les plus grosses trouvées sur Terre, et plaqués de métaux précieux. Une collection vraiment incroyable, qui témoigne de la richesse extrême des shahs d’Iran. Malheureusement, comme vous l’imaginez, il est interdit d’en prendre des photos… Mais il est possible d’en avoir un mini-aperçu sur cette page !

 

201508 - Iran - 0777Tout au Sud, enfin, se construit le gigantesque mausolée de l’ayatollah Khomeini (Haram-e Motahhar). Un site monumental dont nous n’avons eu qu’un bref aperçu, de façon lointaine, et dans la nuit. Mais il semblait déjà s’en dégager une grande ferveur et un luxe particulièrement démesuré, à la hauteur du culte de la personnalité mis en place par cet homme après la révolution islamique.

 

Bien sûr, Téhéran a de nombreux autres sites d’intérêt à proposer. Mais ce n’est pas la ville qui compte le plus dans la longue histoire de la Perse. Pour la découvrir davantage, il faut aller encore plus au Sud, dans les oasis coincées entre les déserts de Kavir et de Lut à l’Est, et la chaîne montagneuse de Zagros à l’Ouest.

 

 

Kashan

Kashan est la première oasis du grand plateau central désertique de l’Iran. Le trajet en train pour s’y rendre est plutôt monotone, jusqu’à l’apparition, dans un grand contraste de verdure, des premières montagnes qui entourent la ville et l’alimentent en eau.

 

Kashan est célèbre pour ses maisons traditionnelles historiques, notamment les maisons Tabatabaei et Taj que nous avons visitées. Ces impressionnantes demeures, ayant appartenu à des familles riches et puissantes à la fin du XIXe siècle, finement décorées et remarquablement agencées, témoignent de la richesse culturelle et architecturale de la Perse à cette époque. Et comme tout a été bien conservé et restauré, il y a beaucoup à voir entre les salons d’été et d’hiver et leurs diverses œuvres d’art, les jardins avec fontaines et bassins, les pièces pour les invités d’honneur et celles pour le personnel de maison, les cuisines et les bains…

 

 

Kashan, dans des temps bien plus anciens, c’est aussi une ville souterraine. Un dédale sur trois niveaux plutôt bien conservé et très ingénieux où, en temps de guerre, vivaient de nombreuses familles. Tout a été pensé pour permettre la conservation de la nourriture, de l’eau fraîche (une rareté dans cette zone désertique) et offrir des conditions d’hygiène acceptable. Encore une adaptation innovante face à un environnement difficile.

 

Et en dehors de Kashan, il est aussi particulièrement agréable de profiter de la beauté du désert, ou plutôt des différentes formes que prend le désert ici. Désert de sel, désert de poussière et de rocailles, dunes de sables, tout cela rappelle un peu, mais un peu seulement, la Namibie. Et en prime, de jolis caravansérails sont dispersés dans cette immensité. De bien belles bâtisses carrées, avec une cour ouverte à l’intérieur, où les voyageurs de passage venaient trouver un peu de nourriture et d’eau fraîche et un abri pour passer la nuit.

 

 

 

Esfahan

Sur la route des oasis, on poursuit vers le Sud, jusqu’à Esfahan, immense ville et autre ancienne capitale de l’empire perse, toujours à l’époque safavide, de 1598 à 1722. Esfahan est un centre touristique majeur de l’Iran, qui regorge de nombreuses merveilles. Pour s’en rendre compte, rien de tel qu’un petit tour sur le mont Soffeh et y découvrir un joli point de vue sur la ville, les montagnes singulières qui l’entourent et le désert à l’horizon.

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La ville d’Esfahan est articulée autour de ses ponts anciens qui enjambent la rivière Zayanderood. De bien belles infrastructures qui, à la lueur du crépuscule, lorsque leurs nombreuses arches se reflètent dans le peu d’eau qu’il reste à la rivière en cette saison, offrent de splendides images. Après une belle balade au bord de la Zayanderood et avoir traversés les ponts Khajoo et Choobi, on arrive au Si-o-se pol, le pont aux 33 arches, le pont historique le plus connu d’Esfahan. De là, on remonte l’avenue Chahar-Bagh et ses nombreuses enseignes. Malheureusement pour nous, ici aussi, d’importants travaux et un étonnant projet de métro ont fait perdre un grand intérêt à cette avenue.

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201507 - Iran - 0415Tout en haut de celle-ci, enfin, on tourne à droite sur la rue Sepah, on passe devant de beaux jardins et le célèbre palais de Chehel Sotun et ses 40 colonnes, avant d’arriver sur la magistrale place Naghsh-e Jahan, le cœur de la ville, la deuxième place historique la plus grande du monde après la place Tian’anmen à Pékin.

Une place vraiment immense, bâtie au XVIème siècle, toute verte, avec une grande fontaine au milieu. Et depuis quelques années, plus aucune voiture ne peut y circuler : un vrai bonheur. Les 4 côtés de cette place rectangulaire sont faits d’arcades qui abritent magasins d’artisanat local, d’épices, de souvenirs, de gourmandises, de glaciers…

 

Et de chaque côté de la place on trouve un édifice remarquable. Au Nord, l’entrée de l’immense bazar. A l’Ouest, le palais d’Ali Qapu, une ancienne demeure royale, elle aussi en rénovation, décidément… Dommage car c’est du haut de ce palais que l’on est censé avoir la plus belle vue sur l’ensemble de la place. A l’Est, on trouve la somptueuse mosquée du Sheikh Loftallah, remarquable pour l’extrême finesse de ses faïences, ses mosaïques, sa luminosité, ses vitraux. Un véritable chef d’œuvre. Toutefois, l’un des rois de l’époque la trouvait trop petite à son goût. Il a donc fait construire, au Sud de la place cette fois, la grandiose mosquée de l’Imam avec sa grande place centrale ouverte, mais avec la vue malheureusement obstruée par un tas de bâches étendues là pour offrir un peu d’ombre aux fidèles pendant les prières pendant l’été. Vraiment dommage. On a néanmoins apprécié ses coupoles, ses tours et ses faïences peintes recouvrant tous les murs.

 

 

La place Naghsh-e Jahan est peut-être un poil trop touristique, mais largement acceptable pour un site d’une telle importance. Elle mérite en tout cas d’y consacrer plusieurs jours de visite, le temps de flâner dans les arcades et le bazar, visiter les différents monuments, se détendre dans les jardins alentours… Il est aussi intéressant de découvrir cette place à différents moments de la journée, sous différentes lumières, avec la mise en marche ou non des fontaines et de l’éclairage architectural… Bref, c’est un des joyaux de l’Iran ! On vous laisse apprécier en images…

 

 

 

 

Zurkaneh, la maison de force

A Esfahan, on a aussi eu la chance de pouvoir rentrer dans un Zurkaneh, une maison de force, un lieu où l’on pratique un sport ancestral, le Varzesh-e Pahlavani. Il existe des lieux de ce type dans de nombreuses villes d’Iran, tous ayant à peu près la même forme. Dans la petite salle, une fosse octogonale au centre, d’environ un mètre de profondeur. Un perchoir domine la fosse et le reste de la salle. Autour de la fosse, des objets lourds semblables à des massues, de poids différents. Et partout sur les murs des photos d’hommes forts, des champions ou des anonymes pratiquant ce sport.

 

Autrefois, le Varzesh-e Pahlavani était destiné à entraîner les hommes pour le combat. Aujourd’hui, le contexte guerrier a – heureusement – disparu, mais l’activité reste pratiquée pour la simple beauté du geste et la préservation des valeurs d’antan : courtoisie, esprit chevaleresque, bravoure. Ce sport s’apparente aujourd’hui à un mélange de culturisme, de gymnastique et de lutte.

 

En cette soirée d’été, les sportifs débarquent dans la salle au compte-gouttes. Ils mettent leur tenue et s’échauffent à part, individuellement. Puis au bout d’un moment, ils commencent à descendre dans la fosse, pour le début de l’entraînement. Pendant une bonne heure, c’est au rythme des cloches, des chants et du tombak (un tambour), que les sportifs vont pratiquer les différents exercices : manipulation de massues, pompes, tournoiement sur soi-même… Et à la manœuvre de tout cela, derrière les cloches et le tombak, se trouve un homme plus vieux, celui qui nous a accueillis dans le zurkaneh, qui joue donc un peu le rôle d’entraîneur et de gardien des lieux.

 

 

Une intensité touchante se dégage de l’activité de ces hommes, plus ou moins âgés, plus ou moins musclés, plus ou moins élégants à voir en action. A travers la musique, les chants, les phrases répétées tout au long de l’entraînement et l’attitude générale de tous ces hommes, on perçoit que ce sport est une forte et ancienne tradition de l’Iran. Surtout, il continue de véhiculer de belles valeurs et témoigne d’une grande richesse spirituelle. Il est clair que ces hommes ne viennent pas ici pour faire de la gonflette, jouer à qui est le plus fort. C’est plutôt un cercle social où priment le respect d’autrui et les valeurs collectives. Pendant une heure dans cette salle de gym, on a, encore, vécu un grand moment de dépaysement culturel… et sportif !

 

 

Yazd

201507 - Iran - 0521Une longue route vers l’Est, à s’enfoncer toujours plus dans le désert, nous mène à Yazd. A notre arrivée, 41°C au mercure, et des paysages aux couleurs plus brunes, plus sombres et encore plus secs qu’à Esfahan. Yazd est une ville connue pour ses tours des vents, des constructions ingénieuses destinées à rafraîchir les maisons en captant les vents en hauteur, en refroidissant l’air à travers un circuit souterrain, avant de venir apporter un courant d’air, plus frais donc, dans les habitations. De nombreuses tours de ce type parsèment toute la ville.

 

 

 

201507 - Iran - 0528Mais Yazd, c’est aussi, et surtout, un lieu de culte important pour une religion qui existe depuis très longtemps en Iran : le zoroastrisme. C’est une religion qui a connu son apogée en Perse il y a plus de 2200 ans, donc bien antérieurement à l’Islam. Le zoroastrisme est d’ailleurs souvent considéré, historiquement, comme la première religion monothéiste. Et malgré la prédominance écrasante de l’lslam dans le pays, aujourd’hui religion d’Etat, le zoroastrisme perdure toujours. D’ailleurs, de nombreuses traditions iraniennes, ainsi que le calendrier iranien, ont des origines zoroastriennes.

 

201507 - Iran - 0530Le temple du feu, dans le centre de la ville, est un des lieux sacrés de cette religion. Depuis plus de 2000 ans, un feu sacré brûle dans la région. C’est un élément fondamental du zoroastrisme car c’est le feu qui sert de canal pour prier Ahura Mazda (le Dieu de la religion zoroastrienne). On y apprend qu’il a été déplacé à plusieurs reprises et qu’il est désormais entretenu dans ce sanctuaire, quasi-unique dans le pays. Surtout, de nombreux panneaux informatifs disposés sur les lieux permettent d’en apprendre beaucoup sur cette religion.

Une religion dont la doctrine peut se résumer dans cette maxime : Humata, Hukhta, Huvarshta (« bonne pensée, bonne parole, bonne action »). Une religion dont on a trouvé les principes vraiment intéressants, chose plutôt rare pour les agnostiques que nous sommes.

 

201507 - Iran - 0541Au Sud de la ville, on trouve aussi le temple du silence, un autre lieu de haute importance pour les zoroastriens. Le temple du silence, ce sont en fait deux petites montagnes en haut desquelles ont été bâties des structures sur lesquelles on laissait pendre les morts. Chez les zoroastriens, le rite mortuaire consistait à laisser les morts aux oiseaux, afin d’éviter que leurs cadavres ne viennent souiller la Terre. Mais depuis 40 ans, cette pratique ancestrale est interdite en Iran, pour des raisons sanitaires sans doute… Les structures ont été démantelées et il n’en reste désormais que quelques pierres, et un grand trou partiellement rebouché, tout en haut de chaque montagne. La superbe vue sur la ville, les montagnes noires aux alentours et le désert, elle, est restée. L’occasion de profiter d’un magnifique coucher de soleil au cœur d’un sanctuaire zoroastrien.

 

 

Shiraz

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Shiraz est la grande ville du Sud-Ouest iranien, et a été la dernière capitale de la Perse, avant que celle-ci ne soit déplacée à Téhéran en 1794. C’est encore une ville d’une très grande richesse architecturale. En centre-ville, on y trouve notamment la citadelle de Karim Khan, un édifice carré avec une tour à chaque coin, dont une qui penche sérieusement. Et surtout de nombreuses et fines sculptures qui ornent ses remparts.

 

Adossée au grand bazar, la mosquée Vakil, juste à côté de la citadelle, est également remarquable par ses nombreuses voûtes recouvertes de faïences peintes et sa grande salle de prière aux colonnes ornées de magnifiques sculptures.

 

A vrai dire, on n’a pas visité grand-chose de Shiraz. Même pas les très célèbres tombeaux de Hafez et de Saadi, deux des plus grands poètes persans. Mais il est quand même un site qui nous a profondément marqué : c’est le mausolée Shah Cheragh. C’est un site sacré dont l’accès a longtemps été interdit aux non-musulmans. Mais en ce moment, il nous a été possible de le visiter, moyennant un chador spécial pour Sandrine et un passage forcé au « bureau des étrangers » en guise de comité de bienvenue…

 

Arrivés dans ce bureau, surprise ! On découvre d’abord une foule de documents sur l’Iran et le Coran traduits en différentes langues occidentales, et en libre-service. Et des guides, volontaires, nous parlent gentiment de tout cela, de l’importance sacrée de ces lieux, de son histoire, le tout en nous offrant des boissons et des biscuits. Puis il nous emmènent, gratuitement, pour une visite guidée du mausolée. Grande classe : même dans ces lieux particulièrement importants d’un point de vue religieux, on met un point d’honneur à accueillir les étrangers de la meilleure des manières.

 

Quant au mausolée en lui-même, il est absolument extraordinaire. A l’intérieur, tout est recouvert de petits miroirs, taillés à la main pièce par pièce pour recouvrir le moindre centimètre carré de chaque voûte ou nid d’abeille. Des lustres somptueux tombent du plafond et créent de nombreux jeux de lumière avec les vitraux de couleurs sur les façades. Au cœur de la pièce, une grande foule de croyants est là. Ils viennent prier et se recueillir, chercher de la paix et de la sérénité dans ces lieux, et jeter quelques billets autour des tombeaux de deux des frères de l’imam Reza, l’un des 12 apôtres de Mahomet. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : ce lieu est sacré car c’est là que reposent deux des proches de l’Imam.

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Le mausolée a été étendu plusieurs fois, la dernière tout récemment : une mosquée flambant neuve vient d’ouvrir dans le prolongement du tombeau. Un intéressant mélange d’architecture traditionnelle et de matériaux modernes qui nous fait constater que, décidément, les Perses traversent les siècles sans ne rien perdre de leur génie architectural et ornemental !

 

 

Persépolis

Pour terminer cette route à la découverte de la civilisation persane, revenons au tout début, ou presque, 2500 ans en arrière. A 70 km de Shiraz, dans la plaine de Marvdasht, aux ruines de Persépolis. Ce nom doit sans doute évoquer quelque chose à beaucoup de monde, notamment grâce au film d’animation iranien éponyme.

 

Persépolis, c’est un site monumental dont la construction remonte à 521 av. J.-C. A cette époque, l’empire Perse achéménide est à son apogée et s’étend de l’actuelle Libye aux portes de l’Inde et de la Chine, en passant par la Turquie et les côtes bulgares et roumaines de la Mer Noire. Pour asseoir la légitimité de son pouvoir sur cet immense territoire, tout en soulignant l’unité et la diversité de ses peuples, l’empereur Darius Ier décide d’établir une nouvelle capitale au milieu de son empire : Persépolis.

 

Aujourd’hui, 2500 ans après, on se doute bien que l’ancienne cité impériale est à l’état de ruines. Mais celles-ci sont telles qu’elles laissent imaginer combien ces palais, ces colonnes, ces bâtiments et ces portes étaient grandioses, surtout pour l’époque. On est restés ébahis par ces ruines, et passionnés par l’histoire et la signification de ce site. Pour le coup, on recommande absolument de s’offrir le luxe d’un guide pour le visiter, tant les détails sont riches de sens et les anecdotes savoureuses. Par exemple, lors des réceptions fastueuses données en l’honneur de l’empereur, on invitait aussi les habitants des environs, quel que soit leur rang social. Mais on apprend aussi que ce site majestueux a été entièrement construit par des ouvriers rémunérés, venus de tout l’empire, et non par des esclaves. Voilà qui est Grand !

C’est donc d’autant plus dommage que cette cité, assez mal protégée il est vrai, ait été pillée, saccagée, incendiée et détruite en 330 av. J.-C. par un certain Alexandre, dit « le Grand »…

 

 

 

Voilà, ici prend fin notre parcours personnalisé à la rencontre des merveilles du monde Perse. A travers toutes ces villes, ces monuments, ces musées, ces palais, on a découvert une civilisation passionnante, à l’histoire continue depuis plusieurs millénaires. Cette civilisation n’a pas forcément brillé tout le temps militairement parlant, bien que l’empire Perse achéménide ait été l’empire le plus étendu à son époque. Mais lorsqu’elle a été conquise, elle a toujours triomphé culturellement sur son vainqueur, conservant sa langue, son identité, son savoir, ses penseurs, ses merveilles…

 

Et rien que pour cela, l’Iran est un pays qui mérite largement une bonne visite !

Mais on a encore bien d’autres choses à vous raconter sur ce fascinant pays…

 

 



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