Faire son visa iranien à Trabzon

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Cette première année de voyage a été très simple niveau administratif. Seul l’entrée à Cuba avait nécessité la demande d’un visa au préalable. Et encore c’est la demande de visa la plus simple que j’ai connue. Il suffit de se rendre au consulat cubain à Paris avec son passeport, ses billets d’avion aller-retour, 22€ et de remplir le formulaire sur place. On vous donne dans la foulée votre « carte de tourisme » et vous pouvez rentrer chez vous satisfait du travail accompli.

 

De l’Amérique du nord au sud à l’Afrique de l’Est, soit nous n’avions pas besoin de visa soit il est faisable aux frontières. Même pour l’entrée aux très stricts Etats-Unis, en arrivant en train du Canada nous n’avions ni besoin d’un visa, ni d’un ESTA, seulement de quelques dollars.

 

L’Iran est donc notre premier pays où nous avons besoin de faire un visa avec notre passeport français.

Avant de partir nous avions un peu étudié la question, et nous avions découvert qu’il existait un petit village gaulois turc au bord de la Mer Noire qui permettait d’obtenir le visa plus facilement et en 24h : Trabzon.

 

 

Et bien sachez que la légende du visa obtenu en un jour à Trabzon n’est plus valable en 2015 !

Finis les sourires des employés de l’ambassade, finie la procédure rapide, finis les passe-droits. Trabzon est rentré dans le rang !

On a vu un jeune asiatique tenter sa chance.

« – Hello, I come for a visa.

– Reference number ?

– I don’t have.

– Contact one agency (il lui tend un papier avec des adresses web), when you have reference number, come back ».

12 secondes, l’affaire était pliée. Le jeune asiatique est reparti.

 

Mais nous, on avait anticipé, car on avait lu ici et là que la magie du visa trabzonique n’opérait plus. Et on a bien fait.

On est donc passé par l’agence key2persia pour obtenir le fameux sésame : le « reference number ».

Pour cela il suffit de :

  • remplir le formulaire en ligne, en particulier de détailler l’itinéraire – imaginaire – que vous voulez faire en Iran et choisir la ville dans laquelle vous voulez collecter le visa (Trabzon, Turquie pour nous)
  • envoyer le scan de votre passeport par mail
  • Attendre la réponse de l’agence avec le numéro de compte bancaire à utiliser pour payer leurs frais (nous l’avons reçue le lendemain de notre demande)
  • Faire un virement de 30€ par personne sur le compte (allemand donc « virement SEPA en euros » gratuit dans la plupart des banques) sans mentionner le mot IRAN (rimerait-il toujours avec SATAN finalement ?) ni même VISA dans le libellé du virement

Et le tour est joué.

L’agence effectue la demande auprès du ministère des affaires étrangères iranien dès réception du paiement. Et ils annoncent 10 jours ouvrés pour vous fournir le numéro de référence.

Pour notre part, nous avons reçu le numéro 9 jours calendaires après avoir effectué le virement. Donc plutôt en avance. Ca partait bien.

 

On nous dit ensuite d’appeler l’ambassade à Trabzon pour vérifier qu’ils ont bien reçu eux aussi le numéro (il peut y avoir un décalage de 3 jours). On appelle :

« – Hello, we have received our reference number for our visa application and we would like to know if the number has been delivered to your consulate.

– No english ».

12 secondes, l’affaire était pliée. Il avait raccroché.

 

Bon on ne parle ni Turc ni Farsi. Et de toute façon on ne sera pas à Trabzon avant une semaine, on verra sur place, ils devraient l’avoir reçu à ce moment-là.

 

Quelques jours plus tard, on prend la route, on découvre l’hospitalité turque dans toute sa splendeur, on arrive dans la ville-graal de Trabzon, au bord de la Mer Noire.

On va pouvoir profiter de la plage en attendant notre visa, puisqu’il paraît que cela prend 2 jours au consulat.

« Beach ? No beach in Trabzon ! » Nous dit notre aimable chauffeur de camion qui nous avait pris en stop.

Ah ben mince alors. Tant pis on fera des balades sur le bord de mer.

Ça c’était avant de découvrir que le bord de mer est coincé derrière l’autoroute 4 voies !

 

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Mais d’abord, mission première, aller déposer notre demande de visa au consulat.

Mardi 7 juillet, 9h, il ouvre ses portes, on sonne.

 

« – Hello, we come for visas.

– Reference number ?

– Yes, here they are. (Et paf dans les dents.)

– Please have a seat. »

 

Une heure plus tard (et paf, retour dans les dents), l’employée nous appelle pour nous donner la liste des documents à fournir :

  • Photocopie du passeport
  • Photocopie du tampon d’entrée en Turquie (ne surtout pas rentrer avec sa carte d’identité donc !)
  • Attestation d’assurance
  • Deux formulaires à remplir
  • Deux photos d’identité, voilée pour moi
  • 50€ par personne à déposer sur un compte bancaire (elle vous donnera le nom de la banque et le numéro de compte, charge à vous de trouver l’adresse)

 

Les lieux clés :

  • Il y a un photographe quelques mètres plus bas quand on descend vers Atatürk Park. 15 TL les 4 photos. 5 minutes. Lui, il doit bénir le consulat iranien.
  • Juste après une petite épicerie fait des photocopies. L’inscription Fotokopi sur son enseigne en turc (facile à retenir), vous aidera à le trouver. 0,25TL la page.
  • Continuez à descendre jusqu’à la place. Prenez la deuxième à gauche (rue avec voitures) et 400m plus loin vous aurez la banque IS où faire le dépôt. Vous pouvez d’ailleurs retirer des euros facilement dans les distributeurs environnants.
  • Remontez vers le consulat, juste en dessous il y a un parc avec tables et chaises pour être confortablement assis pour remplir les formulaires (sans obligation de consommer, mais en même temps c’était le ramadan).

 

11h30, on est de retour au consulat.

Elle vérifie nos documents, ça a l’air pas mal. Procédure de prise d’empreintes. Tous les doigts y passent ! Et y repassent avec les deux premières phalanges cette fois-ci. On nous offre gracieusement deux lingettes pour s’essuyer. Il en faudrait au moins huit, on repartira tout bleu.

« – Everything’s ok. Come back on Tuesday at 4pm.

– Next week ?!?

– Yes. »

8 minutes, 12 secondes. L’affaire était pliée. On a 7 jours et demi à attendre. Et m**** !

 

Notre analyse de la situation : la communauté de communes de Trabzon en avait marre de voir tous ces touristes venir et repartir le lendemain sans en faire profiter l’économie locale. Alors ils ont demandé au consulat iranien d’allonger leur procédure. Ravi d’avoir une telle occasion de renforcer les liens entre leurs deux pays, l’Iran a décidé de septupler la durée de traitement de ses visas.

Et pan, dans les dents.

 

 

Mardi 14, 15h50, Sandrine enfile une tenue de femme acceptable pour l’Iran, on sonne à la porte du consulat.

« Revenez dans 10min. » Ok, ici l’heure c’est l’heure.

16h05, on re-sonne, la porte nous est ouverte.

Une dernière vérification, un sourire (oui, je crois avoir décelé l’ombre d’une extension zygomatique sur le visage de l’employée) mais est-ce bon signe ?

Oui ! Elle nous rend nos passeports entichés du fameux visa. Durée 30 jours, 90 jours pour entrer en Iran, parfait.

On sort calmement du consulat et on laisse éclater notre joie à l’extérieur avec 3 autres allemands aussi récompensés de leurs efforts.

ON A NOTRE VISA IRANIEN !

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Maintenant revenons sur ce qui s’est passé entre les deux mardis.

Parce que la grande question était : mais que faire à Trabzon pendant une semaine ?

 

En entrée : Visiter les hauts lieux historiques de la ville !

L’église-mosquée-musée-remosquée Aya Sofia. Un site très ancien, une jolie vue sur la Mer Noire, mais les images sur les brochures sont un peu trop flatteuses.

Boztepe, un quartier sur les hauteurs, qui permet d’apprécier un joli panorama sur la ville.

La villa d’Atatürk et le musée de la ville, leur présentation ne nous avait pas convaincus; alors on s’est abstenus.

Se balader autour de la place Maydan au centre-ville, faire du shopping dans les rues piétonnes, manger du halva chez Beton, boire une bière au Sisman Pub (ah ben non, ça c’est fermé pendant le Ramadan), voir les remparts de la ville. Voilà je crois qu’on a fait le tour.

 

 

 

En plat de résistance : S’échapper dans les montagnes voir le monastère de Sümela

A moins d’une heure de bus de Trabzon on peut découvrir ce joli monastère accroché sur la falaise 300m plus haut.

Sacré ouvrage quand on sait que la partie la plus ancienne, l’église excavée dans la roche, a été construite au 5ème siècle ! Un site impressionnant qui vaut le détour, et puis les environs sont vraiment beaux aussi avec la route qui serpente dans la montagne, qui suit la rivière, croise des cascades.

On peut y aller assez facilement en Dolmus (changement à Maçka) ou très facilement en prenant un minibus direct depuis la place Maydan à 30TL aller/retour, dans l’une des nombreuses agences qui le proposent.

 

 

 

En dessert : S’échapper encore plus loin

Une fois qu’on a fait tout ça, on a tout fait à Trabzon. Alors il est temps de partir. En stop bien sûr puisque c’est si facile en Turquie.

On a choisi d’aller à Ayder, un petit village de montagne perdu. Pas si perdu que ça quand on voit l’offre hôtelière ! Plus de 60 petits hôtels jalonnent la rue principale, enfin l’unique rue du village !

Mais ici on se sent au calme. Le village est encastré dans les montagnes recouvertes d’une forêt de conifères. De très longues cascades dévalent la pente abrupte pour se jeter dans la rivière.

On peut profiter des thermes et des piscines alimentées par les sources chaudes. Mais attention, les hommes et les femmes ont chacun leur piscine.

On peut y randonner, mais il faut s’arrêter à Rize ou Calihemsin avant pour avoir une carte, car malheureusement dans ce village il n’y a pas d’office du tourisme. On nous a conseillé d’aller à Kavron pour apercevoir le Kaçkar Dagi qui culmine à 3937m et les lacs glaciers aux alentours.

On peut aussi rester enfermé dans sa chambre d’hôtel avec vue sur la cascade parce que dehors c’est le déluge. Grrrrr.

 

 

Pour les gourmands : Partir en Géorgie

Nous avons choisi de pas nous lancer dans cette aventure. Nous venions de découvrir l’incroyable hospitalité turque alors nous avons préféré continuer d’explorer ce pays plutôt que d’ajouter un pays au compteur en bâclant tant l’aperçu de la Turquie que celui de la Géorgie. Il parait que ce pays est magnifique et très hospitalier aussi, alors on reviendra pour le découvrir vraiment.

 

En tout cas on peut normalement aller en Géorgie uniquement avec notre carte d’identité (parce que nos passeports sont restés coincés au consulat).

Il existe des bus directs de Trabzon à Batumi, cité géorgienne sur la Mer Noire, qui n’a pas trop les faveurs des voyageurs en backpack. Ce qui veut dire continuer la route pour aller dans les terres plus loin ou à Tbilissi.

Bref cela nous semblait beaucoup de route au final alors qu’il y a de belles choses à voir dès qu’on sort un peu de Trabzon.

 

 

Sur la route de l’Iran

Pour ceux qui rentreront en Iran par la route – que vous ayez pris votre visa à Trabzon ou non – la frontière la plus classique est à quelques kilomètres de Dogubayazit.

L’occasion de s’arrêter une journée dans cette ville. En elle-même elle n’a pas grand intérêt, sauf à vous plonger dans un autre univers, plus aride, désertique. Une entrée dans le Kurdistan, côté Turquie.

De nombreuses possibilités d’hébergement existent dans cette ville. Nous on a testé l’Otel Ortadogu, un taudis ! Les chambres sont médiocres, et il y a surtout ce vieux propriétaire très bizarre qui passe son temps à fumer dans le patio (le seul endroit où il y a – des fois – du wifi) et à regarder constamment ce qu’on fait sur nos écrans. Bref, trouvez mieux.

 

Mais surtout, ne manquez pas la visite du palais d’Ishak Pasa. Sur les hauteurs de la ville cette immense palais du 18ème siècle offre une magnifique vue sur la région. Il a été très bien restauré, sobrement et il est agréable de se balader dans les nombreuses pièces en enfilade de ce fastueux château.

Il vous en coutera à peine 5TL l’entrée et pour s’y rendre en évitant les taxis, prenez un Dolmus à 2TL ou si, comme nous, le Dolmus ne roule pas ce jour-là car c’est ramadan (il a décidément bon dos celui-là), faites du stop !

 

 

 

Passage de la frontière iranienne

Premièrement, fuyez le gars qui vous propose de faire du change à la frontière côté turc. Il propose un taux pitoyable, et vous baratine ensuite que vous ne trouverez pas mieux en Iran pour je-ne-sais-quelle-raison (le ramadan peut-être ?). Les turcs sont vraiment sympas, mais ces changeurs sont des escrocs. Pour acheter des rials, vous aurez un taux correct juste après le poste frontière en Iran, et d’excellents taux dans les villes.

 

Passé ce petit désagrément, le moment tant attendu est arrivé : rencontrer des iraniens, si réputés pour leur hospitalité. A commencer donc par l’officier de la police des frontières.

On avoue on a été un peu déçus. Les officiers aux frontières et la froideur, c’est comme les chauffeurs de taxi et les arnaques. Ca va de pair.

Mais peu nous importait : on venait de mettre les pieds en Iran moins de 30min après être descendus du mini-bus côté turc !

 

 

Mais on ne peut pas faire plus simple ?

Bien sûr ! Il y a la technique dite de « l’important-c’est-d’y-croire ».

Mise en œuvre par une chinoise que nous avons rencontrée à notre hôtel-poubelle de Dogubayazit, la veille de rentrer en Iran.

 

Etape 1 : ne pas se renseigner sur les lois d’un pays avant de rentrer.

« – Je crois que je dois mettre un voile pour l’Iran. Mais je dois avoir aussi des manches longues ?

– Euh oui…

– Ah bon, je vais aller en acheter alors. »

Il est 21h, elle a de la chance qu’en Turquie les magasins ferment tard !

 

Etape 2 : en bon touriste chinois, toujours voyager avec son iPad à la main, prêt à dégainer.

En marchant en direction des douanes :

« – C’est trop cool, avec mon iPad je peux prendre des photos de la frontière !

– Euh non, tu vas avoir des ennuis si tu prends des photos des policiers.

– Ah bon ? Oh ! Je ne savais pas ! Merci merci »

 

Etape 3 : la jouer sûr de soi.

Elle tend son passeport tout sourire au policier des frontières iranien.

« – Où est votre visa ?

– Oui, visa, je veux visa. Visa frontière. J’ai les sous (elle sort une liasse de billets de 50 €). 15 jours, tampon, passeport.

– Veuillez me suivre Madame… La Turquie c’est par là. Au revoir. »

 

 

 



6 commentaires sur “Faire son visa iranien à Trabzon


     Laurent (onechai.fr a écrit :

    18 août 2015 à 21:05

    N’ayant pas eu à faire mon visa iranien en route, je n’étais pas passé par Trabzon, mais j’ai en effet souvenir de ces histoires que c’était LA solution pour obtenir son visa sans trop de tracas en chemin.
    Magnifique ce monastère de Sümela en tout cas. Je ne connaissais pas du tout.
    Vous n’êtes donc pas tombé sur les mêmes douaniers que moi. C’est vrai que les douaniers ne sont pas toujours les habitants les plus avenants d’un pays :-/
    Merci pour le petit lien, c’est fort sympathique :-)


       Frisita (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      19 août 2015 à 16:35

      On partage avec plaisir ton article sur l’Iran qui nous avait bien plu !
      Le monastère de Sümela offre une très belle demi-journée de balade dans la forêt et la montagne. Un trésor caché de plus de cette Turquie qui nous a décidément agréablement surpris.
      Pour le visa Trabzonique, il parait (information non vérifiée) que cela irait plus vite à Istanbul maintenant…
      Quant au douanier, on ne se plaint pas, on préfère un douanier froid qu’un douanier désagréablement zélé ;) Et puis la suite de l’Iran ne nous a vraiment pas déçus… :)


     Marielle a écrit :

    3 septembre 2015 à 05:22

    C’est ça, c’est tellement ça ! Je revois tout, la femme dragon, le studio de photo, les fotokopi, Sumela… Et j’ai tellement ri en lisant cet article !


       Marielle a écrit :

      3 septembre 2015 à 05:25

      Et surtout sortir bien sagement et bien poliment du consulat puis faire une danse de la joie sur le trottoir, immédiatement suivie du « selfie d’obtention de visa » !


     Louise Amao (amaotourdumonde.com a écrit :

    20 octobre 2016 à 12:53

    Bien le bonjour à vous !
    Tout d’abord je voulais vous féliciter pour votre blog que nous prenons toujours plaisir à lire. Mais également vous remercier pour cet article, car grâce à vous, nous n’avons pas pris la peine d’aller à Trabzon pour obtenir nos visas pour l’Iran. Nous nous la sommes couler douce chez notre ami à Istanbul !
    Pour faciliter la tâche aux autres voyageurs, nous avons nous aussi rédigé un article reprenant les démarches que nous avons effectué pour l’obtention de ce visa :
    http://amaotourdumonde.com/obtenir-visa-iranien-istanbul/
    Datant de l’été 2016, il est particulièrement à jour. J’espère que ça en aidera quelques un.e.s !


       Benito (voyagepartageetpotage.com a écrit :

      20 octobre 2016 à 14:35

      Salut Louise & Romain, et merci pour votre message.
      Nous sommes ravis que notre article ait pu vous aider. C’est sûr que ça a dû être agréable de profiter d’Istanbul en attendant votre visa iranien. Quelle ville magnifique !
      Mais on garde aussi de bons souvenirs de notre attente du côté de Trabzon, pleine de beaux imprévus…

      Et en tout cas, merci pour votre article. C’est toujours précieux d’avoir les infos les plus à jour possible. Surtout en matière de visa, où c’est peu dire que les choses peuvent bouger très très vite.

      Et très bonne continuation de voyage en Asie Centrale et en Chine !

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