Brèves nippones #2 – En autostop vers Matsue

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Premier levé de pouce

Ce dimanche pour Sakio, c’est repos. On décide donc d’aller passer la journée dans une des villes les plus intéressantes du coin : Matsue, à une quarantaine de kilomètres de là.

Ce court trajet est pour nous l’occasion de tester l’auto-stop au Japon. Avec le coût des transports dans le pays, ce serait un bon moyen de nous déplacer. Et bien que peu ancré, voire quasi absent, dans la culture japonaise, certains gaijins (étrangers) l’ont pratiqué avec succès. Alors, pourquoi pas nous ?

 

IMG_1619Stratégiquement, on commence par se poser à un carrefour juste à côté d’un parking de supermarché. La sécurité, et l’importance de ne pas gêner autrui, sont des choses très importantes au Japon, et les voitures ne s’arrêteront que s’il y a un emplacement sûr pour nous prendre.

 

Mais notre emplacement comporte un autre élément stratégique qu’on n’avait pas anticipé : le distributeur de boissons du parking. Un distributeur comme il y en a beaucoup dans le pays, partout.

Et au bout de quelques minutes seulement, un homme nous amène deux canettes chaudes (!) : du café au lait. Sous le coup de la surprise, on le remercie comme on peut. Mais il repart aussi vite qu’il est venu, sans mot dire. Comment interpréter cela ? Bonne chance ? Bon courage, car la journée va être longue ?

On verra bien.

 

Il nous faut une grosse demi-heure pour obtenir notre premier lift japonais. Un homme plutôt jeune qui essaie de communiquer avec nous en utilisant un traducteur sur son téléphone. Il s’arrête rapidement à une station de lavage et nous profitons de ce moment pour tenter d’échanger davantage. Après quelques instants, on découvre, affichée sur le smart-phone, la question : « Et en France, vous avez aussi des stations de lavage ?« . Amusant ! Mais tout cela nous fait peu avancer. On s’arrête de nouveau sur un parking à peine un kilomètre plus loin, et on comprend qu’on va devoir descendre là.

4,8 km en 20 minutes. A ce rythme, ça ne va pas être simple de voir Matsue…

 

Finalement, on sera mieux lotis avec notre deuxième lift. Un couple avec deux fillettes, une famille très souriante et enthousiaste. Enfin surtout les parents, car les gamines nous regardent plutôt interloquées. Visiblement, prendre des auto-stoppeurs est un peu le brin de folie de leur journée ! Ils nous amèneront jusqu’à la gare de Matsue. Et comme sur le chemin ils doivent passer chercher quelques affaires chez eux, il en profitent pour nous offrir des mandarines, des bonbons et du salami japonais. Super sympa !

 

Cette première demi-journée en stop, malgré un petit 40 km parcourus en 2h30, nous convainc quand même de persévérer pour la suite. Ceux qui nous ont pris avaient un sourire et un enthousiasme contagieux, et il serait dommage de passer à côté de telles rencontres. Alors, le stop au Japon, on valide !

 

 

Un moment de féérie culinaire

Arrivés à Matsue, c’est le moment de nous recentrer sur notre fil rouge : la nourriture locale. Et dans cette ville, il y a une chose qu’il faut absolument tester : les 7 plats exotiques du lac Shinji.

 

201511 - Japon - 0087On se met rapidement en recherche d’un restaurant qui les propose. On déambule un peu au hasard des rues autour de la gare de Matsue, et on finit par tomber devant un établissement dont la carte est exposée dehors. Bien sûr, tout est écrit en japonais, mais il y a une photo d’un grand plateau avec plein de choses dedans, et une description en japonais de 7 lignes à côté. On tient peut-être notre fameux plat…

A l’intérieur, ça ne parle pas vraiment anglais non plus, mais apparemment c’est bien le plat que l’on recherche, alors banco !

 

La salle de restaurant est typiquement japonaise. Une grande table en U fait face à une cuisine ouverte, et les clients mangent côte à côte, à l’extérieur du U. Au centre de celui-ci, des bassins dans lesquels barbotent différents poissons, mollusques et crustacés. Les mêmes que ceux qu’on retrouvera dans notre assiette ?

La décoration est sobre et épurée, l’ambiance chic et guindée. Tout le monde est très élégamment habillé, les hommes sont en costume, certaines femmes en kimono… et nous en chaussures de randonnée, sac à dos et polaire Quechua ! Tout le monde nous regarde, se demande ce qu’on fait là. On est les seuls étrangers. Une femme en face de moi fait remarquer à son voisin la taille et le manque d’entretien de ma barbe. Bref, on passe pour des extra-terrestres, mais qu’importe !

Nous, on est là pour se régaler des délicatesses du lac Shinji, et on n’a pas été déçus !

 

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Car c’est un vrai petit festin qui nous est servi. D’abord, un plateau à 9 cases, toutes remplies de magnifiques « mignardises », ainsi qu’un délicieux bouillon, une sorte de flan salé, un petit ramequin de sauce soja, un bol de thé et des « pickles » japonais. Puis viennent les fameux 7 plats, dans une belle boîte en bois posée sur le feu, avec les produits du lac disposés sur un fond de riz. Et à côté, un bol avec une boisson censée être consommée en même temps que ce magnifique plat.

 

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On se régale de cette composition. Parmi les 7 plats du lac Shinji, on arrive plus ou moins à reconnaître :

  • Le tempura (beignet léger) de petit poisson blanc
  • La coquille saint-Jacques
  • La carpe noire au four
  • La crevette à la vapeur
  • Le loup en papillote
  • L’anguille grillée
  • L’éperlan mariné

 

En revanche, dans la boîte mystère à 9 cases, c’est bien plus difficile de savoir ce que l’on mange. Un mélange de produits du lac et de la mer, des légumes inconnus et même une sorte de tofu extrêmement goûtu. En tout cas, c’est extrêmement fin, subtil, beau et délicieux. Des saveurs et textures très différentes, et un remarquable travail de la part des cuisiniers. Tout simplement Bravo ! On a passé un grand moment !

 

Et dire que ce plateau, certes un peu léger pour deux, ne nous a coûté que 15 €. Qui a dit que la nourriture japonaise était chère ?

 

 

Matsue, ville historique

Notre journée se poursuit un peu plus au Nord, dans le quartier historique de Matsue. Celui-ci est dominé par le château, l’un des 12 derniers donjons historiques du Japon. Un édifice tout en bois, bâti en 1611, et parfaitement conservé. Un superbe exemple de la finesse architecturale dont pouvaient faire preuve les Japonais déjà à cette époque.

 

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Les anciennes douves du château forment aujourd’hui un vaste réseau de canaux (Horikawa), sur lesquels il est possible de naviguer dans des petites barques. Japon oblige, celles-ci sont parfaitement conçues, avec des couvertures pour tenir chaud l’hiver, un piroguier équipé d’un micro qui explique – en japonais – les différents lieux traversés, et surtout un système permettant de régler la hauteur du toit de la barque, afin de passer sous les ponts – parfois très bas – qui enjambent les canaux.

Cette balade sur les canaux vaut largement le coup d’être faite, car non seulement elle offre un moyen de transport aisé pour passer d’un site à l’autre, mais aussi des points de vue inédits sur le château et autres sites d’intérêt historique.

 

 

201511 - Japon - 0100Et pour finir, un petit passage au musée d’histoire de la ville. Outre sa vocation première de musée, il abrite également un magnifique jardin japonais. Encore un superbe exemple de finesse, où chaque élément est minutieusement agencé – mais sans parfaite symétrie – de telle sorte à paraître naturellement à sa place. Tout un art. Idéalement, on peut l’admirer depuis le salon du thé du musée, en dégustant un wagashi, une pâtisserie japonaise.

Surtout, on peut voir à l’œuvre le « maître-pâtissier » qui, avec ses boules roses et jaune en pâte de haricot ou de riz, façonne à la chaîne de très jolies feuilles d’érable aux couleurs d’automne. C’est beau et ça va parfaitement avec le thé.

Dommage qu’il ne se soit contenté que de faire cette gourmandise, car sa palette semblait bien plus large…

La pâtisserie japonaise, tout un art que l’on ne fait que découvrir !

 

 



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