Brèves Nippones #6 : Miyajima, une sacrée excursion

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A tout juste quinze minutes de ferry de Miyajimaguchi, terminus du tramway d’Hiroshima, l’île d’Itsukushima constitue une chouette excursion à la journée pour sortir un peu de la grande ville.

Itsukushima est plus connue sous le nom de Miyajima, qui n’est autre que le nom du principal village de l’île. Et elle abrite un des décors les plus célèbres du Japon, un des joyaux du pays, qui attire des milliers de touristes chaque jour : le torii flottant de Miyajima !

 

 

Une île sacrée…

En fait, cette île a une valeur sacrée pour beaucoup de Japonais et est même considérée comme un groupe de déesses. C’est un véritable objet de culte. D’ailleurs pour éviter toute souillure, les femmes n’étaient pas autorisées sur l’île jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Il était donc impossible pour quiconque d’y naître, mais aussi d’y mourir. A l’époque, on emmenait même les personnes âgées loin de l’île pour qu’elles n’y finissent pas leurs jours. Et aujourd’hui, il n’y a toujours pas de maternité ni de cimetière sur l’île d’Itskushima !

 

Symboliquement, le torii flottant représente donc une frontière entre le monde profane et le monde sacré. Cette structure en forme de porte, de couleur rouge vermillon en bois laqué, bâtie pour la première fois en 1168, dégage vraiment quelque chose de mystique. A marée basse, il est accessible à pied, et à marée haute, il donne l’impression de flotter sur la mer, phénomène qui l’a rendu si célèbre.

 

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Malheureusement, le temps grisâtre de notre journée ne nous a pas permis de profiter pleinement de ces belles images. En revanche, grâce à un bel éclairage architectural, on a pu se rattraper à la nuit tombée, et on est restés un bon moment à contempler ses poteaux, leur difformité, leurs ornements et leur ingénieux agencement. Car le torii n’est pas enfoncé dans le sable comme on pourrait le croire, mais repose sur ses 6 piliers et tient en équilibre grâce à son propre poids. Un trésor d’ingéniosité, surtout quand on pense que c’est ainsi qu’il a déjà été bâti au XIIe siècle !

 

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A 200 mètres du torii, juste en face de lui se trouve le sanctuaire d’Itsukushima. De même couleur que le torii, il ressort sur le bleu de la mer et le vert des forêts du mont Misen, dans une superbe polychromie.

C’est également une structure en bois qui flotte sur l’eau, enfin qui donne l’impression de flotter, car elle repose en réalité sur des centaines de piliers immergés en permanence. Mais encore une fois, quelle prouesse architecturale quand on pense que ce sanctuaire tient ainsi depuis plus de 800 ans !

 

 

 

En dehors de ces deux merveilles, l’île d’Itsukushima présente bien d’autres centres d’intérêt. On compte notamment dans le village de nombreux autres temples et sanctuaires ainsi qu’une superbe pagode à cinq étages. Et en se baladant dans les pittoresques ruelles du village, on peut aussi découvrir, au milieu des innombrables restaurants et magasins de souvenirs, quelques-unes des spécialités locales : les délicieuses huîtres, cultivées en masse dans la baie d’Hiroshima, les momiji-manju, le petit gâteau du coin, et… les spatules à riz !
Là aussi, forcément, il y a une vieille légende japonaise derrière tout ça. C’est l’histoire d’un moine, vers la fin du XVIIIème siècle, qui, suite à un rêve, a eu l’idée de fabriquer un shakushi (une spatule à riz) en forme de biwa (un luth japonais). Ca a eu un succès fou dans la ville, et c’en est vite devenu la spécialité, celle que l’on a proposée en masse comme souvenir aux pèlerins. Et aujourd’hui encore, dans les ruelles du village, les artisans continuent d’en fabriquer et d’en vendre, en utilisant la même méthode qu’à l’époque.

On a d’ailleurs pu admirer, en flânant, la plus grande spatule à riz du monde ! Un massif corps en bois de 5 mètres de long et plusieurs tonnes, plutôt élégant et bien mis en valeur, quoique très peu pratique pour le riz finalement…

 

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… qui a su conserver sa beauté naturelle

201511 - Japon - 0240Sur l’île d’Itsukushima, la nature est encore aujourd’hui particulièrement bien préservée. On a pu s’en rendre compte dès notre arrivée au terminal de ferry. Deux petits cerfs japonais étaient là, presque comme s’ils nous attendaient. Comme l’île est sacrée, les cerfs le sont aussi et il y en a environ 500 sur toute l’île, très majoritairement semi-apprivoisés. Ils sont habitués à la présence humaine, et certains en sont même presque dépendants pour se nourrir. C’est vrai que c’est rigolo d’aller chiper les sacs pleins de nourriture des touristes ! Il y aurait ainsi environ 200 cerfs qui vivent carrément dans le village ! Nous, on les a trouvés plutôt mignons. C’est même un animal d’agréable compagnie. Mais pas pour tout le monde apparemment. Car le lendemain, en auto-stop, une Japonaise qui nous avait pris nous a demandé :

« Ah, Miyajima, oui, oui ! Et vous n’avez pas eu peur des cerfs ? »

Ça nous a bien fait rire !

 

Mais si on est venus à Miyajima, ce n’est pas vraiment pour les cerfs. C’est pour faire la courte ascension du mont Misen, le point culminant de l’île, à 535 mètres d’altitude. C’est une magnifique marche à travers la dense forêt vierge qui recouvre ses pentes, une forêt vierge d’ailleurs classée au Patrimoine Mondial, parcourue par quelques jolies rivières.

 

Et en ce début novembre, les nombreux érables du Parc Momijidani au pied du mont Misen, se parent d’une robe rouge flamboyante absolument magnifique. Les couleurs de l’automne sont un véritable enchantement depuis notre arrivée au Japon, et ce Parc en est peut-être le plus bel exemple. Peut-être aussi grâce à la petite rivière qui coule en dessous et le doux soleil de novembre, qui donnent un caractère encore plus bucolique.

 

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En avançant plus vers le sommet, on trouve de nouveaux centres d’intérêt sur notre chemin, comme ces nombreux temples qui rappellent la vocation spirituelle d’Itsukushima.

 

Et puis, après environ une heure d’ascension, nous y voilà. C’est le sommet du mont Misen ! On est surpris de voir tout en haut, construit là, un bâtiment en bois de plusieurs étages. Au rez-de-chaussée, sans doute pour rappeler qu’on est au Japon quand même, on y trouve des toilettes et un distributeur de boissons. A l’étage intermédiaire, une terrasse couverte avec des bancs pour profiter de la vue bien à l’abri. Et tout en haut, sur une terrasse à ciel ouvert, on a un magnifique panorama à 360° sur la mer intérieure de Seto. De part et d’autre, on aperçoit clairement la côte de l’île principale d’Honshu, et une multitude d’îlots dispersés dans le bleu profond de la mer. Et il paraît que par temps clair, on voit même jusqu’aux montagnes de l’île de Shikoku ! Il paraît seulement, car les nombreux nuages présents ce jour-là nous ont offert un tout autre paysage, néanmoins bien plaisant.

 

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Une surprise en haut du téléphérique

Si la randonnée n’est pas votre tasse de thé, un téléphérique permet de grimper, et re-descendre, une bonne partie du mont Misen. De là-haut, il ne reste en effet plus qu’un bon quart d’heure pour rejoindre le sommet. Mais ce téléphérique a un autre intérêt, même pour les amateurs de randonnée : on peut y apprendre à cuisiner ses propres momiji-manju, la spécialité locale !

 

Attention quand même, il ne faut pas s’attendre à une grande leçon de cuisine. C’est même fait pour être accessible aux enfants… et aux couples, grâce à un tarif préférentiel si l’on vient à deux. L’atelier de cuisine est donc des plus simples. Tout a été préparé à l’avance, à savoir la pâte à gâteau, et un morceau de pâte aux haricots sucrés en forme de cœur. On avait bien dit que c’était un truc pour les couples !

La suite se passe dans un gaufrier avec un moule en forme de feuille d’érable, chose que l’on retrouve bien sûr dans toute cuisine digne de ce nom.

 

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Sans surprise, on met d’abord un fond de pâte à gâteau dans le moule, puis le cœur en pâte de haricots au milieu, et on recouvre de pâte à gâteau. Ensuite, deux fois 30 secondes de chaque côté sur le feu, et c’est prêt !

 

Rien de bien sorcier. Mais pour 500 yen, on a à la fois le plaisir de faire ses propres momiji-manju, et à la fin 8 gâteaux à déguster. C’est quand même bien plus sympa que de les acheter tout faits en bas au village pour 720 yen, non ?

 

 

 



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