Comme un dimanche aux Philippines

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C’est à Hong Kong que notre séjour aux Philippines a, en quelque sorte, démarré.

La veille d’y prendre notre vol pour Kalibo.

Un dimanche.

Ce jour-là, sur les nombreuses passerelles qui relient les immenses et luxueux malls les uns aux autres, par-dessus les axes de circulation, des scènes inattendues en de tels lieux ont capté notre attention. Pourtant, mon ami Gus avec qui on avait passé la journée de la veille nous avait prévenus !

Là, dans ces passerelles où déambulent chaque jour des milliers de personnes, des groupes de femmes ont pris leurs quartiers pour la journée, installées dans des tas de cartons !

Ces femmes expatriées, majoritairement originaires des Philippines, travaillent à Hong Kong comme employées de maison chez d’autres expatriés, en provenance eux d’Europe, du Moyen-Orient ou d’Amérique du Nord.

Et le dimanche, leur jour de repos, elles peuvent enfin se retrouver entre elles et faire – un peu – comme à la maison : passer du bon temps ensemble, se détendre, piqueniquer, discuter, plaisanter, rire, chanter…

Ne manquerait que la famille, le videoké et un cadre un peu plus verdoyant et balnéaire pour se croire vraiment… comme un dimanche aux Philippines !

 

 

Les piqueniques en famille

Aux Philippines, on ne vit jamais bien loin de la mer. Alors le dimanche, pour fuir le chaos des villes et retrouver un peu de nature, c’est généralement vers la plage que l’on part piqueniquer en famille. Mais attention, pas question d’aller n’importe où à l’aventure. Le piquenique du dimanche se fait dans des zones spécialement aménagées, où l’on peut a minima s’asseoir, disposer la nourriture sur une table et être abrité en cas d’intempérie. Un peu à l’idée des assemblages de cartons rencontrés à Hong Kong.

 

De nombreux sites proposent de telles infrastructures en location à la journée, pour quelques centaines de pesos (de 3 à 10 euros selon le niveau de l’aménagement). Il s’agit d’abris en bambou, avec des bancs et une table, et un toit tressé en feuille de nypa, généralement construits juste à côté de la plage, à l’ombre des cocotiers. Le classique paysage de carte postale proposé aux Philippines.

Certains complexes plus luxueux, plus privés, proposent aussi des infrastructures ou facilités complémentaires : barbecue, machine à karaoke, restaurant, sanitaires, voire même un surveillant de baignade…

 

On est tombé sur ce genre d’endroits à deux reprises. A chaque fois de la même façon, en suivant les recommandations de nos couchsurfeuses pour aller voir de jolies plages.

La première fois, à Iloilo, c’est sur l’île voisine de Guimaras, dite « l’île aux mangues », qu’on nous a suggéré d’aller. En particulier sur la plage d’Alubihod, une merveille de petite crique de sable blanc, avec une eau claire et tempérée et une belle vue sur les reliefs de l’île de Panay, juste en face. Là, en bas de la route menant à la plage, c’est dans un complexe hôtelier qu’on a retrouvé les fameuses huttes en bambou. Et en ce dimanche, le site était bien plein, majoritairement occupé par de larges familles Philippines. Tant la plage que les abris de piquenique.

Avec les hommes affairés autour des barbecues, ça nous a même un peu rappelé l’Argentine. Notre dimanche passé au barrage de Los Reyunos, dans les environs de San Rafael, où tant de familles s’étaient réunies dans un joli cadre naturel pour profiter du traditionnel asado dominical.

 

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Deux semaines plus tard, sur la plage de Paguriran, dans le Sud-Est de l’île de Luzon, on a à nouveau eu la chance de découvrir cette tradition Philippine. Avec cette fois un rôle plus actif.

Là encore, cela se passe dans un cadre magnifique, avec notamment ce petit îlot recouvert d’arbres, accessible à pied à marée basse. La très faible profondeur des eaux rend aussi l’endroit idéal pour les enfants. Et effectivement, ils sont particulièrement nombreux en ce dimanche. Bien plus que les touristes, puisque nous sommes apparemment les seuls occidentaux !

 

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Du coup, on ne cesse d’être interpellés, de nous poser toujours les mêmes questions et de se faire prendre en photo. Pas moyen de se baigner tranquillement ! Un homme me met même au défi de sauter depuis le haut des rochers de l’îlot. J’accepte d’aller étudier le terrain, puis décline poliment, rebuté par l’abondante végétation marine et la faible profondeur d’eau au point de chute.

 

Puis une dame un peu plus âgée nous accoste. Elle s’appelle Nevis, est Philippine, mais habite depuis de nombreuses années au Texas. D’ailleurs, son mari a préféré rester là-bas, en « sécurité ». Trop dangereux les Philippines, il y a des « terroristes » quand même… Hum…

En ce dimanche, c’est le jour du grand rassemblement familial, avec ses frères et sœurs, ses neveux et petits-neveux qu’elle n’arrive ni à dénombrer, ni à identifier. Faut dire qu’elle ne revient pas si souvent que cela au pays.

Nevis est curieuse de voir deux touristes ici, loin des sentiers battus et rebattus des Philippines. Alors qu’on rentre de la baignade depuis une petite crique tranquille de l’autre côté de l’îlot, on lui demande si elle connaît un endroit pour déjeuner dans les environs. Un petit restaurant ou un turo-turo (stand de rue). Mais au lieu de cela, elle nous invite plutôt à venir manger un morceau avec sa famille. En plus, il n’y a vraiment rien dans le coin, hormis un vendeur de snacks et un halo-halo (dessert à base de glace pilée) ambulant. Sympa, on accepte avec joie !

Sous la hutte, on fait la connaissance de sa large famille, très sympathique et accueillante. Mais là encore, impossible de savoir combien ils sont : personne n’est capable de nous le dire.

 

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On nous invite à nous asseoir et nous servir, à la bonne franquette. Tous les basiques de la cuisine philippine sont là : une grosse marmite de riz bien sûr, mais aussi des casseroles des nouilles, des morceaux de poulet, du porc, l’inévitable sauce adobo, le ketchup, et même quelques gâteaux sucrés. Rien à envier à notre repas de Noël, finalement ! Petit détail pratique, mais pas écologique : la nourriture nous est servie dans des assiettes en plastique, recouvertes d’un petit sac plastique. Certes, ça évite de faire la vaisselle, mais bonjour les déchets…

Malgré l’incessant va-et-vient des enfants mouillés et recouverts de sable, qui viennent gratter un morceau de de poulet ou de gâteau avant de repartir sur la plage, la hutte est majoritairement occupée par les adultes. Certes, parce qu’ils n’aiment pas trop la plage, le soleil qui tape et la baignade, mais surtout parce que sous la hutte, c’est karaoké !

 

 

Le karaoké

Ça, c’est la grande passion des Philippins. Plus encore que le basket, c’est leur sport national, leur activité principale pendant le weekend, ou pour faire la fête, que ce soit un examen, un anniversaire, un événement familial… Lors de notre arrivée à Buruanga, les voisins de notre famille d’accueil ont célébré leur diplôme de professeur par un karaoké qui a duré plus de 24 heures, quasiment sans interruption !

En fait, les Philippins n’appellent pas ça karaoké, mais videoké. Ca fait plus moderne, mais dans les faits, rien de neuf sous le soleil. La vidéo n’est qu’une succession de paysages qui tournent en boucle, sur lesquels défilent les paroles des chansons. Plutôt limitée comme plus-value graphique !

 

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Aux Philippines, le videoké se pratique quasiment partout. A la maison, dans les bars ou les restaurants, et même à la plage ! Car à Paguriran, c’est tout un système de videoké qui est proposé avec les espaces de piquenique : une TV écran plat, un micro, des enceintes et une « machine à karaoké ». Un vrai data center que cet appareil, qui propose un répertoire de plus de 10 000 chansons, mélange de variété philippine et américaine, forcément, avec des paroles en anglais ou en tagalog selon l’origine de la chanson.

Et quand on se balade entre les huttes qui bordent la plage, le videoké tourne à fond, partout, dans une pure cacophonie. Car de ce qu’on a compris, ce qui est fun dans le karaoké, c’est de chanter le plus fort possible. Tel Djembé man quand il joue de son instrument, le Philippin au micro chante fort, et mal.

 

Dans certains cas, la majorité en fait, videoké rime aussi avec rhum arrangé. Comme pour un groupe d’hommes rencontré dans une hutte voisine ou comme la veille dans un bar de Sorsogon. Mais malheureusement, le rhum n’arrange en rien le triste sort de toutes ces chansons, qui n’en sortent que plus massacrées.

 

 

La fois où on a failli aller à un mariage…

C’est notre dernier weekend aux Philippines, et on a choisi de le passer à Talisay. C’est un lieu de villégiature très apprécié des habitants de Manille, à juste deux heures de route du Sud de la capitale, au bord d’un lac formé dans la caldera d’un ancien volcan, le Taal. C’est aussi pour nous un lieu très pratique pour quitter le pays le lundi. On peut en effet rejoindre l’aéroport de Manille depuis Talisay sans faire étape dans la chaotique et surpeuplée capitale des Philippines.

 

Par contre, pour venir à Talisay depuis le Sud-Est de Luzon, c’est une autre histoire. On a opté pour un bus de nuit, qui nous a offert la palette complète des absurdités et désagréments de ce moyen de transport : une sur-climatisation, ambiance… réfrigérateur à l’intérieur du bus, un film sans sous-titres et avec le son coupé (bah oui, à quoi ça sert les dialogues finalement ?), un chauffeur sous acide qui roule à contresens pour doubler tout ce qu’il peut en klaxonnant bien fort à chaque dépassement réussi, avec une telle nervosité qu’il en a cassé la boîte de vitesse au milieu de la nuit. Résultat, transfert dans un autre bus à 2 heures du matin, où on se retrouve du coup complètement serrés, et une arrivée en pleine nuit quelque part au sud de Manille. Mais deux jeepneys plus tard, dont un en mode corbillard customisé, tout noir avec des guirlande électriques, on a finalement réussi à rejoindre Talisay juste pour le lever de soleil sur le lac. Trop fatigués pour en profiter comme il se doit, malheureusement.

 

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C’est là qu’on a rencontré Rony. Enfin, c’est plutôt Rony qui est venu à notre rencontre et nous a gentiment aidés à trouver un hébergement. Un drôle de personnage, ce Rony, à moitié rabatteur, à moitié mec sympa. Toujours est-il qu’après nous avoir baladés dans plusieurs hôtels ou trop chers, ou trop pleins, on a atterri dans un « resort » tenu par une ancienne parlementaire et maire du village. Où comme par hasard se tenait ce jour-là le mariage d’une nièce de Rony, paraît-il. Mais comme la chambre était conforme à nos attentes, on l’a prise sans chercher plus loin, avec juste l’envie de dormir – enfin – un peu. Rony nous a aussi invités à passer déjeuner au mariage, que ça ne poserait aucun problème, bien au contraire. Voilà qui n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd !

 

En nous réveillant de notre sieste sur les coups de midi et demi, on décide donc d’aller jeter un œil au fameux mariage. Mais le resort est étrangement calme. Peut-être est-ce le moment d’une cérémonie solennelle, à moins que les festivités se poursuivent ailleurs… En tout cas, il y a bien un mariage, c’est certain : on a aperçu la mariée avant d’aller faire la sieste et on a même été réveillé par un peu de karaoké vers 10-11 heures !

Puis on est arrivé vers la grande salle où a lieu la réception, pour découvrir… que tout était déjà fini ! Il ne reste plus que du personnel de service, occupé à jeter des reste de nourritures, à laver des assiettes, à enlever les décorations, à ranger les chaises et à replier les tables. Ca alors ! Il est 13h et tout est terminé ! Grosse déception.

 

En partant déjeuner dans un restaurant non loin de là, on recroise Rony, sur son scooter. In extremis. A dix secondes près, on était dans le restaurant et il ne nous aurait pas trouvé. Et ça aurait été bien dommage, puisqu’il a pour nous un tupperware plein de spaghettis tout chaud, qu’il nous offre.

Il nous explique que le mariage est fini, en effet. Traditionnellement, un mariage dure entre 2 et 4 heures. Il débute par une cérémonie religieuse, suivie d’un repas au cours duquel les convives viennent adresser leurs félicitations aux mariés. Mais surtout, les invités en profitent pour se gaver ! Ils mangent autant qu’ils peuvent, font une photo avec les mariés et rentrent rapidement chez eux, souvent avec des sacs plastiques plein de nourriture ! En même temps, pourquoi rester s’il n’y a plus rien à manger…

Ne nous voyant pas venir au mariage, Rony nous explique qu’il est rentré chez lui nous préparer un petit quelque chose à grignoter. D’où le plat de spaghettis. Une manière de nous faire profiter, à sa façon, du mariage. Car pour les Philippins, un mariage, c’est avant tout l’opportunité de manger gratuitement.

 

Face à tant d’attention, avec tout ce qu’il a fait pour nous, on ne pouvait décemment pas laisser Rony en plan. On s’est donc donné rendez-vous le lendemain matin pour qu’il nous organise le transport jusqu’au cratère principal du volcan Taal, situé au milieu du lac. De toute façon, on n’a pas vraiment d’alternative.

 

 

L’ascension du volcan Taal, c’est mieux à cheval

Le plan de Rony pour rejoindre le volcan Taal n’était clairement pas optimal, et le trajet en bateau bien trop cher payé à notre goût. Il fallait bien que ça cloche quelque part… Ajoutés à cela une « taxe portuaire » de l’autre côté, et des frais d’entrée pour monter sur le volcan, cela faisait beaucoup !

 

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Et une fois sur l’île-volcan, il faut encore se défaire des sollicitations des guides à pied – inutiles puisqu’il n’y a qu’un seul chemin – et à cheval : pour 45 minutes de grimpette, on s’en passera aisément.

 

On rejoint donc sans encombres, mais sous une forte chaleur, le sommet du volcan Taal. Enfin, plus précisément, le bord du cratère, où l’on découvre un autre lac, avec encore un petit îlot au milieu. C’est l’île au milieu du lac de cratère au milieu de l’île au milieu du lac de caldera au milieu de l’île de Luzon. Vous suivez ? Tout ça pour dire que face à nous, on aperçoit une imbrication de trois terres séparées par deux étendues d’eau. Et que c’est plutôt joli, surtout sous un beau ciel bleu !

 

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Aux abords du cratère, en revanche, une intense activité péri-touristique s’est développée. Il faut dire que les villageois installés là-haut ne manquent pas de (mauvaises) idées. Ainsi, ils ont monté une barrière au début d’un chemin secondaire menant à une coulée de lave rouge asséchée. Barrière à laquelle il faut, bien sûr, s’acquitter d’un droit d’entrée. On fait donc demi-tour, faut pas trop pousser non plus. De l’autre côté, des « guides » proposent de descendre dans le cratère pour aller observer les fumerolles. Et puis, au milieu des classiques vendeurs de noix de coco, de jus de fruits et boissons fraîches, de t-shirts, de souvenirs, de photos souvenir, il y a cet homme qui fait des allées et venues, un club de golf sur l’épaule. Lui, il propose de taper quelques balles de golf depuis un petit promontoire, et de les envoyer dans le lac du cratère quelques dizaines de mètres plus bas. Encore un remarquable exemple à mettre dans notre série intitulée : le bon goût philippin.

Et à la question « mais vous envoyez toutes ces balles plastiques dans le lac ? » il nous répond éhontément : « mais au bout d’une semaine elles remontent à la surface toutes seules et on peut les récupérer ! » …

 

Sur le chemin du retour, on croise une telle foule en train de monter qu’on a comme une impression de weekend de départs en vacances. A cette heure-là, en effet, les Philippins en provenance de Manille et de ses environs viennent d’arriver sur place et partent à l’assaut des pentes du volcan Taal. Sauf que les Philippins, ils n’aiment pas marcher. Mais alors pas du tout. Alors la grande majorité d’entre eux choisit de monter, et descendre, la montagne à cheval. Le chemin se transforme en une véritable autoroute à chevaux, sur laquelle les marcheurs ne sont guère mieux considérés que les chiens.

 

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Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg équestre. Car dans le village au pied du volcan, la file d’attente pour louer les services d’un cheval est encore plus impressionnante.

Assurément, le lac Taal est bien une des excursions dominicales préférées des habitants de Manille !

 

 

Cockpits et jeux d’argent

Les piqueniques à la plage, c’est bien gentil, mais ça ramène pas grand-chose dans les caisses quand même. Et puis, il faut aimer un peu la nature, aussi.

Heureusement, aux Philippines, il existe une autre activité dominicale qui se pratique en ville, qui est divertissante et qui en plus permet, des fois, de gagner de l’argent : les combats de coqs !

 

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Cette activité est encore pratiquée largement dans tout le pays, et dans chaque ville ou presque on peut trouver un gallodrome, ou « cockpit » en langue locale. Notamment à Sorsogon, où on s’est rendu de bon matin, un dimanche, juste avant d’aller à la plage de Paguriran…

Sorsogon n’est déjà pas une ville très touristique, alors autant dire qu’au cockpit, on n’est pas passé inaperçu ! Surtout Sandrine, au milieu de cet univers très très masculin, même s’il paraît que dans les grandes villes, de plus en plus de femmes s’impliquent dans les combats de coqs. Et c’est avec plein de sympathie et de curiosité qu’on nous a abordés, ces hommes semblant ravis qu’on vienne s’intéresser à leur loisir favori.

 

Alors qu’on prend notre petit-déjeuner (des nouilles et un sandwich) dans l’une des trois gargotes autour du cockpit, on voit la foule grandir autour de celui-ci, et le parking se remplir de tricycles. Il ne doit plus en rester beaucoup en ville !

Devant l’entrée, ils sont nombreux à être venus avec leur coq, fièrement tenu dans leurs bras en attendant que leur protégé aille en découdre dans l’arène. Il y a aussi les entraîneurs de coqs, des hommes qui sont payés par des propriétaires de coqs pour transformer leurs volailles en machines de guerre. Mais pas le temps de s’attarder ici, car on nous annonce que les combats ont démarré dans l’arène. Moyennant 30 pesos (0,6 €) chacun, on pénètre dans un gallodrome assez grand mais désuet, tout de béton et de bois. La plupart des hommes sont amassés en bas des gradins, au plus près de l’arène, un carré de terre battue entouré de parois transparentes qui occupe le centre du cockpit.

C’est là que l’on trouve les deux coqs qui vont se combattre, leur entraîneur, l’arbitre et les ramasseurs de plumes…

Et entre les tribunes et l’arène, dans une grande fosse, des hommes qui se baladent en hurlant avec des liasses de billets à la main : ce sont ceux qui gèrent les paris.

 

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Car c’est bien sûr le principal attrait des combats de coq, le pari. Et tous ces hommes qui hurlent et s’agitent dans les gradins ne sont pas des supporters abreuvés de Kanter, mais sont tout simplement en train de parier. Nous, on ne comprend pas grand-chose à ce qui se passe : ça crie, ça lève les mains, les doigts, ça lève les sourcils, ça jette des regards d’approbation : c’est dans un vacarme confus que se passe la préparation du combat. A un moment, un homme me fixe du regard et me fait signe de la main, je lui réponds et lui fait signe en retour. Mais un troisième homme, me voyant lever la main, me demande si je veux parier. Non, non, surtout pas ! Dans ce milieu extrêmement codifié, où beaucoup d’argent est parfois en jeu, il faut vraiment se tenir à carreau et ne pas faire le moindre geste : ça pourrait vite être considéré comme une volonté de parier par quelqu’un, et être le début de beaucoup d’ennuis !

 

Dans l’arène, c’est un peu plus clair : les entraîneurs amènent leurs coqs tout près l’un de l’autre, pour qu’ils puissent se sentir, se jauger, se détester. Au besoin, un autre coq, dit « coq d’excitation » est aussi amené. Ce troisième a vraiment le beau rôle : il doit juste provoquer les combattants, faire monter leur adrénaline, avant d’être ramené en lieu sûr, sans combattre. Un vrai planqué celui-là !

 

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Juste avant le démarrage du combat, on prépare aussi les armes. Car ces coqs ne se battent pas à nu : ils sont armés ! Dans un étui en plastique, un long et aiguisé ergot métallique, semblable à une lame de rasoir un peu courbe, d’une dizaine de centimètres de long, est attachée à l’une des pattes du coq. Orientée vers l’extérieur, bien sûr, sinon ce serait un peu casse-pattes… Et juste avant le combat, on retire l’étui de plastique. C’est le moment pour l’entraîneur de poser le coq sur sa ligne de départ et d’aller se planquer. Faudrait quand même pas qu’il se blesse !

 

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Puis les coqs, armés de leur ergot, se jettent rapidement l’un sur l’autre. Le combat est violent et sanglant. Des fois, très rapidement, l’ergot d’un des combattants vient toucher son adversaire là où il faut et c’en est déjà terminé, après une petite hémorragie. Il y a d’ailleurs des prix pour la mort la plus rapide. Mais d’autres fois, ça dure, ça dure. Les coqs n’arrivent pas à se planter un coup fatal (en même temps, sont-ils conscients qu’ils portent une arme ravageuse à leur patte ?) et se tuent lentement à coups de becs et de griffes. Et c’est ce genre de situation qui est particulièrement terrible à regarder. Le combat est censé s’achever quand l’un des coqs ne répond plus, lorsqu’il ne relève plus la tête, même si son adversaire est à quelques centimètres de lui. Bon, quand il y en a un qui pisse le sang, on n’éternise pas le combat, et on approche le vainqueur pour qu’il finisse son adversaire d’un coup de bec dans la jugulaire. Mais quand les deux coqs sont à moitié morts, déplumés, cassés de partout, mais bougent encore, le combat doit continuer. Atroce agonie jusqu’à ce qu’un « vainqueur » soit finalement déclaré : le moins mort des deux. Enfin dans ce cas, vu l’état du vainqueur, il a de bonnes chances de finir sur la même broche que son adversaire !

 

 

Le verdict du combat donne aussi lieu à de vives réactions en tribunes et dans la fosse. C’est le moment où l’argent circule, essentiellement envoyé sous forme de boulettes dans la fosse, puis renvoyé vers les parieurs vainqueurs en tribune. Pour certains, il est 10 heures du matin et c’est déjà le moment d’une pause. La pause ATM.

On pense alors aux femmes de ces hommes. Peut-être sont-elles femmes de ménage à Hong Kong, ou exploitées dans des conditions terribles en Arabie Saoudite ou au Qatar, envoyant leur maigre salaire au pays pour faire vivre leur famille. Imaginent-elles que le fruit de leur labeur vient peut-être d’être perdu dans un combat de coq ? Car ce sont de gros montants qui circulent, des billets de 500 ou 1000 pesos jetés comme des boulettes dans l’arène, quand les salaires les plus bas descendent à 5000 pesos par mois…

Mais on peut aussi penser aux vainqueurs, ces hommes qui vont arrondir les fins de mois de la famille et améliorer le quotidien de leur femme et leurs enfants. Rêvons un peu…

 

Mais malgré cela, ces enjeux pouvant apparaître lourds, l’ambiance du cockpit nous a parue tranquille. Dans ce monde du jeu d’argent, on n’a pas ressenti un climat de peur ou de violence. Peut-être est-ce le cas dans les gros cockpits de Manille ou lors d’un championnat d’envergue, mais ici à Sorsogon, petite ville paisible, c’est presque une atmosphère bon enfant qui se dégage du gallodrome ce dimanche.

 

Après une heure de combats, parfois nets et précis, parfois de vraies boucheries, on en a assez vu. On jette de nouveau un œil à l’extérieur. Les coqs suivant attendent toujours leur heure, dans les mains de leur propriétaire ou entraîneur. Les coqs qui viennent de combattre, eux, ressortent aussi de l’arène. Les morts sont entassés au pied d’un arbre, dans une sorte de poubelle sauvage pour les vaincus. Quant aux vainqueurs, on ne sait pas trop. Ceux qui s’en sortent indemnes vont re-combattre. Ceux qui sont trop abîmés finiront sur une broche. Quant aux blessés légers, ils sont censés être soignés, pour ensuite se ré-entraîner et re-combattre. Mais on n’a pas réussi à accéder aux urgences vétérinaires du cockpit. Sans doute un monde bien glauque d’apprentis Professeurs Frankenstein, mais le mystère reste entier.

 

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Junk food et mall culture

Il reste à évoquer un dernier aspect de nos weekends aux Philippines. Celui de la jeunesse (mais pas que) des grandes (mais pas que) villes, celui des immenses centres commerciaux et de la nourriture-poubelle.

C’est notre premier samedi aux Philippines, on est à Iloilo, la plus grande ville de l’île de Panay, est on doit attendre notre couchsurfeuse Marylour dans un des plus grands mall de la ville. Loin de nous l’idée d’aller se balader dans un immense centre commercial un samedi après-midi en période de fêtes, mais c’est un point de rendez-vous pratique : tous les jeepneys, ces jeep-taxis collectifs qui font office de transport public, s’y arrêtent immanquablement. Un premier signe de l’importance des malls aux Philippines !

 

Celui que l’on découvre à Iloilo est assez grand, comporte plusieurs étages, et paraît tout neuf comparativement au reste des infrastructures du pays, voire même un peu luxueux. Tellement grand, pour les Philippins qui n’aiment pas marcher, rappelons-le, qu’il y a un petit train pour se balader d’un bout à l’autre du mall. Non non, pas un petit train pour faire faire une balade aux enfants. Un petit train aussi destiné aux adultes !

 

Et en ce jour, il y a du monde partout : ça consomme, ça mange et ça boit à n’en plus finir. Mais au-delà des boutiques de vêtements, d’accessoires, de cosmétiques ou de téléphonie, on est surtout effaré par la quantité inimaginable de fast-foods et de chaînes de restaurants disponibles !

C’est d’ailleurs dans l’un d’entre eux que Marylour nous propose d’aller dîner. Une chaîne (car il n’y a que cela) fonctionnant sur le principe d’un fast food (car il n’y a que cela) et qui propose, entre autres, quelques spécialités de la région de Bacolod, sur l’île voisine de Negros. Mais spécialité locale ou non, difficile de faire sans poulet ni riz !

Au cours du dîner, Marylour nous confirme ce qu’on avait commencé à observer : le shopping dans les malls, notamment le samedi, est quelque chose d’extrêmement répandu dans les grandes villes des Philippines. C’est même le principal loisir des jeunes des classes moyennes et aisées, le lieu où ils sortent, se retrouvent et surtout prennent des photos et des selfies…

 

On savait l’importance que prenait la « culture » américaine sur la société Philippine (ancienne colonie espagnole que les Américains ont rachetée à la toute fin du 19ème siècle), notamment dans la musique, le spectacle, la mode, le sport, l’alimentation… Mais là, quand même, c’est à se demander si elle n’est pas encore plus consumériste que son modèle !

 

Même dans les villes trop petites pour avoir de tels malls, il est toujours possible de trouver de la junk-food, surtout le weekend. C’est notamment le cas dans l’inévitable Sorsogon, où après les combats de coqs et le piquenique à la plage, on a fini notre dimanche sur la jetée. C’est le point de rendez-vous des locaux pour terminer le weekend en beauté. Nmbre d’étals de nourriture de rue sont installés et leurs tables ne désemplissent pas. La spécialité du coin : la cochonnerie frite. Que ce soient des boulettes de poisson, de calamar, de poulet, des croquettes de fromage ou autres choses ou non identifiées, tout est plongé dans la même huile et arrosé de sauce mi-sucrée mi-piquante, genre version très médiocre de la sauce sweet-chili, et tout a au final le même goût et la même texture. Ils proposent même de l’œuf frit refrit ! Vraiment mauvais.

 

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Mais en dehors du mauvais goût philippin en matière de cuisine, sur lequel je reviendrai plus en détails dans un prochain article, l’ambiance du dimanche soir sur la jetée est, là encore très détendue et paisible. On boit, on discute, on s’amuse en se nourrissant de cette mauvaise friture. Et comme on est les seuls étrangers, encore une fois, on nous invite à venir discuter et essayer d’autres spécialités du coin, comme ces coquillages à l’ail ou les fameux balût…

 

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Vraiment, ils sont toujours sympas ces Philippins, surtout le dimanche ! C’est bien le meilleur jour de la semaine pour interagir avec eux et découvrir un peu plus leur culture, leurs traditions, leur nourriture, leur société. Et si on ne devait retenir qu’une chose de notre mois aux Philippines, ce serait sans hésitation, vous vous en doutez, notre dimanche à Sorsogon !

 

 



2 commentaires sur “Comme un dimanche aux Philippines


     La sélection du mardi #39 – Le Blog Expedia (https://blog.expedia.fr/selection-mardi-39 a écrit :

    1 mars 2016 à 10:41

    […] Lire la suite sur Comme un dimanche aux Philippines […]


     Comme un cheveu sur la soupe – Philippines • Voyage, Partage et Potage (voyagepartageetpotage.com/2016/03/cheveu-soupe-philippines a écrit :

    17 mars 2016 à 08:26

    […] Peut-être parce que cette fois-là, nos voisins de table nous ont gentiment offert des kuhol sa gata, des sortes de petits bulots cuits et accompagnés de pommes de terre à l’ail. Et que c’était très bon. Est-il encore besoin de préciser que cela s’est passé sur le jetée de Sorsogon, un dimanche soir ? […]

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