Epilogue

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773ème jour de notre voyage.

On n’est plus qu’à quelques miles nautiques des côtes françaises. Cette nuit, dans juste quelques heures, le Rickmers Tokyo s’engouffrera dans l’estuaire de la Loire.

Et demain matin, on enfilera nos sacs-à-dos pour la dernière fois et on foulera le sol du port de Montoir-de-Bretagne, le sol français.

 

Un tourbillon de sentiments nous agite.

La tristesse de voir cette fabuleuse page de nos vies, de notre vie de couple, se tourner.

La joie de revoir nos familles et nos amis, de partager enfin du temps avec eux.

La gourmandise en pensant à ce bon pain et ces fromages que l’on va retrouver.

L’excitation de démarrer une nouvelle aventure, plus sédentaire cette fois. Une nouvelle page blanche qui s’ouvre devant nous et qui reste à remplir.

 

Comment revient-on après deux ans, un mois et dix jours de voyage ? Est-on différent, changé ?

 

Assurément, on a évolué. Mais voyage ou pas voyage, personne ne passe deux années entières sans évoluer un peu. Voyage ou pas voyage, les événements que nous vivons personnellement chaque jour ont une influence.

Pour autant, on ne peut pas dire aujourd’hui, au jour de notre retour, que nous revenons transformés. Nous sommes toujours les mêmes personnes, avec juste quelques années de plus au compteur, une pilosité plus importante pour Benoît et une multitude d’expériences de vie très différentes.

 

Il est aussi bien trop tôt pour juger de ce qui aurait profondément changé en nous. Dans quelques années, peut-être que l’on sera plus à mêmes de nous en rendre compte. Avec le recul, peut-être que l’on saura mieux déterminer à quel point ce voyage a influencé nos chemins de vie.

 

Mais pour nous y aider, on va dès aujourd’hui, « à chaud » , essayer d’exprimer notre sentiment global sur toute cette aventure. Sur NOTRE voyage.

 

 

Ce voyage c’est d’abord NOTRE voyage

Un voyage qui nous ressemble

C’est celui qui correspondait vraiment à nos envies et à notre personnalité.

Celui qu’on a dessiné tous les deux en regardant cette carte du monde à notre retour de Birmanie il y a bientôt 3 ans.

 

Bien sûr, entre l’esquisse originale et le parcours final, on a dû procéder à quelques ajustements en cours de route. Enlever certains pays, en ajouter d’autres… Visas, climats, transports, coûts, événements personnels, opportunités… Cela fait partie des aléas du voyage et de la vie. Et l’imprévu, c’est aussi ce qui fait la beauté du voyage.

D’ailleurs, on lui a plutôt laissé pas mal d’espace, à l’imprévu.

 

Enfin, plus que lui laisser de la place, on lui en a surtout créé. Chose qui requiert avant tout ordre, méthode et organisation.

Paradoxal ? Pas pour nous.

 

 

Organisation et méthode, les ingrédients pour se créer un espace de liberté

De l’organisation, d’abord parce qu’on aime utiliser des chemins de traverses. Entrer au Canada par le Nunavut, au Japon ou en Alaska en ferry, rentrer en France en cargo, traverser l’Afrique en truck, les USA en campervan… Pour ne citer qu’eux. Tous ces modes de voyage plus ou moins alternatifs nous tenaient à cœur. Et il nous a fallu pas mal d’heures de recherche au fur et à mesure pour les découvrir, pour construire ce cheminement qui nous ressemble. Pour nous, « s’aventurer hors des sentiers battus » rime peu avec « improvisation totale » .

 

Ordre et méthode, aussi pour essayer de se protéger de ce que nous redoutions le plus en voyage : les vols – surtout du passeport -, les grosses arnaques, les problèmes aux frontières… Bref, toutes ces mauvaises rencontres et ces mauvaises surprises qui existent à peu près partout, mais avec des variations locales.

Tout cela n’est pas toujours grave in fine, mais c’est surtout synonyme d’énergie et d’argent perdus, d’heures de paperasseries franchement pas intéressantes qui peuvent vraiment gâcher un voyage. Alors qu’il suffit d’un peu de préparation pour limiter les problèmes potentiels.

Ainsi, avant d’arriver dans chaque pays nous avons revérifié les conditions d’entrée, identifié les arnaques courantes, cherché les transports en communs pour éviter les taxis… Nous avons aussi toujours gardé notre passeport sur nous, à la ceinture, pour chaque déplacement entre deux villes.

 

Tout ce travail préalable ne s’est limité qu’à l’entrée et aux quelques premiers jours dans chaque pays, le temps de nous acclimater, de commencer à comprendre comment les choses fonctionnent (langue, transports, monnaie, us et coutumes…), sans jamais aller jusqu’à planifier précisément un itinéraire ou un programme de visite au sein du pays. Cela est venu dans un second temps et de manière plus spontanée, une fois sur place.

Et finalement nous avons voyagé sereinement, sans jamais nous sentir en danger.

Ce temps d’adaptation nous a préservés de grosses difficultés, nous a permis de garder l’esprit libre.

Bien sûr, d’autres facteurs entrent en compte : la chance, l’instinct, l’imprudence… Mais globalement, on était confiant en nos capacités à identifier une bonne surprise d’une mauvaise.

 

Ainsi, avoir un cadre nous rend libre, nous ouvre un immense espace de liberté où nous pouvons alors nous créer tous les possibles, nous laisser aller à l’improvisation et aux plans de dernière minute.

 

Et avec toutes ces possibilités qui s’offraient désormais à nous, il nous a alors fallu faire des choix.

 

 

Notre guide, le potage

Que voir, que faire, que visiter ?

Où aller, où manger ?

Quand, combien, comment ?

Toutes ces questions se sont souvent décidées au fil de l’eau, selon nos envies du moment, notre fatigue, notre budget.

 

Il y a bien sûr les lieux qualifiés d' »incontournables » , et qui le sont à raison. On a aussi aimé découvrir des attractions touristiques plus méconnues ou difficiles d’accès, et même des lieux où il n’y aurait rien à voir « a priori » .

Mais bien souvent, ce qui nous a guidés dans le choix de nos déplacements et activités, c’est notre fil rouge, le potage.

Trouver des expériences, des marchés, des personnes, des lieux qui pourraient enrichir notre projet, ce qui a nécessité pas mal de recherches.

 

Du coup, faute de temps, on a dû abandonner en chemin certaines idées autour de notre projet. C’est un peu dommage de ne pas avoir pu aller plus loin, en particulier à la recherche des initiatives socio-culinaires. Mais on a finalement fait le choix de l’équilibre entre les temps de visite d’un pays et les temps liés à la découverte de sa culture alimentaire.

 

 

Manger et cuisiner, un vecteur de rencontres

En plus d’être une thématique qui nous a énormément plu, s’intéresser aux habitudes alimentaires dans les pays traversés nous a surtout ouvert beaucoup de portes. Celles des cuisines de madame (et parfois monsieur) tout-le-monde.

Mais en pénétrant dans leur cuisine, on entre aussi dans leur quotidien, dans leur vie, dans leur histoire. C’est un précieux point d’accès à la culture locale, qui nous a souvent permis d’aller un peu plus loin que les discussions d’usage. A table ou devant les fourneaux, les langues se délient et nous apprennent beaucoup. Et pas que sur la cuisine, évidemment !

 

Ces rencontres avec les habitants, voilà sans doute ce qui a rendu si particulier ce voyage par rapport à ceux que nous avions fait auparavant. Que ce soit grâce au couchsurfing ou à l’autostop, on a vraiment pu passer du temps avec les gens. Discuter, partager un temps de vie, créer quelque chose ensemble.

On a découvert une hospitalité et une générosité dans des proportions auxquelles on ne s’attendait pas. A une époque où l’on nous submerge d’idées telles que la peur, l’individualisme ou le repli sur soi, nous avons au contraire trouvé des mains tendues et des sourires chaleureux, qui nous étaient offerts sans contrepartie, à nous, parfaits étrangers. Par les plus pauvres comme les plus riches.

Espoir, le monde n’est certainement pas aussi mauvais qu’on veut bien nous le laisser entendre !

 

Et lorsqu’on analyse avec un peu de recul notre sentiment sur un pays, ce sont toujours les rencontres qui nous font passer de « j’ai aimé » à « j’ai adoré » !

 

 

C’est la combinaison de tous ces éléments qui fait qu’on a réussi à se créer le voyage qui correspondait le plus à notre goût : un mélange de visite, d’aventure et de vie chez l’habitant. Un cocktail d’émerveillement culturel et naturel, et d’immersion dans la vie locale.

 

Chacun peut voyager à sa manière, et on le respecte parfaitement tant que cela se fait avec considération pour autrui, pour la nature et pour le patrimoine. Mais l’important pour nous est d’avoir réussi à voyager comme on l’entendait, nous. A notre manière.

 

 

 

Le blog, miroir de l’âme voyageuse

C’est également cette idée qui nous a guidés dans l’animation de notre blog.

On a essayé d’y retranscrire notre voyage avec nos mots, notre style propre.

De vous faire partager notre émerveillement. Ces rencontres, cette beauté, ces lieux insolites, ces modes de voyages alternatifs, tout ce que nous avons appris sur les aspects socio-culinaires. Mais aussi, parfois, nos interrogations, nos coups de fatigue et nos (rares) coups de gueule.

 

On a plutôt souhaité rédiger des articles « thématiques » qu’un véritable carnet de voyage chronologique. Pour chaque pays, il a donc fallu prendre un peu de recul pour dégager le ou les angles d’approche de notre expérience, avec parfois le style qui va bien.

 

Ce travail d’écriture et de synthèse a été particulièrement enrichissant. Il nous a amenés à réfléchir sur ce que l’on a vu et vécu. A rechercher les informations qui nous manquaient pour mieux comprendre tel ou tel aspect de la culture, de l’histoire, de la cuisine ou de l’environnement d’un pays.

On a pris beaucoup de plaisir à faire vivre ce blog ensemble. Et aussi à découvrir tous ces retours positifs de ceux qui nous ont lus, qu’ils nous soient proches ou inconnus.

 

 

Aujourd’hui, notre aventure est terminée et ce blog s’arrête avec elle. Mais au moment de le clôturer, c’est un sentiment d’accomplissement qui nous anime.

Nous sommes fiers d’être arrivés au bout, au bout de notre voyage, au bout de notre projet et au bout de notre blog. Et nous sommes fiers de tout le travail réalisé pour celui-ci.

 

 

Le voyage, une expérience de vie

De la sueur et des larmes…

C’est peut-être cela, le revers de la médaille.

Car, contrairement à certaines idées reçues, nos deux années de voyage ce ne sont pas que des vacances.

 

Il y a d’abord eu toutes ces heures d’organisation, de recherches culinaires… auxquelles il faut ajouter le blog.

Avant de partir avec la création du site et de l’architecture du blog.

Puis pendant toute la durée voyage, avec la prise de notes quotidiennes pour Benoît, le tri et l’édition des photos pour Sandrine. Et pour chacun d’entre nous, la rédaction des articles, suivant l’humeur et l’envie de parler de tel ou tel sujet.

Sans compter le temps de recherche documentaire et de vérification de sources, ainsi que la mise en forme et la publication sur le site.

Au final, cela a dû représenter 2 à 3 demi-journées par semaine en moyenne exclusivement dédiées au blog, plus un peu de travail au quotidien, souvent la nuit.

 

 

Il y a eu aussi son lot de moments difficiles, principalement dus à :

  • Le choc culturel : on peut parfois se laisser submerger par l’accumulation de nouvelles choses, tellement éloignées de notre référentiel et si difficiles à appréhender (questions religieuses et politiques, privations de liberté, conditions de travail, désorganisation sociale, pauvreté, maladie, pollution…)
  • Un sentiment d’isolement : on a beau avoir du monde autour de soi, on a rarement quelqu’un à qui se confier hors du couple (absence de relations de longue durée, barrière de la langue, différence de culture)
  • La fatigue et la lassitude : se lever tôt, boucler et porter ses sacs, attendre, faire une journée de bus ou de train, débarquer dans une nouvelle ville, trouver un hébergement, défaire son sac et recommencer trois jours plus tard !
  • L’inconfort matériel : partager sa chambre avec des inconnus, dormir par terre ou dans un transport, partager une salle de bain ou des toilettes insalubres, être entassés pendant des heures dans un minibus, expérimenter des conditions climatiques difficiles (fortes chaleurs, mousson, orages…), manger des choses pas toujours bonnes ni variées, porter toujours les mêmes vêtements, vivre avec peu…

 

 

… qu’on surmonte à deux…

Avec l’accumulation de tout cela à certains moments du voyage, il nous est donc arrivé, individuellement et à des moments distincts, d’avoir le moral dans les tongs. De douter. D’avoir peur. De ne plus avoir envie.

Néanmoins, on a toujours réussi à refaire surface rapidement et à reprendre la route. Car l’autre était là, plus fort, toujours. Quand l’un avait un coup de mou, l’autre faisait l’effort nécessaire pour tirer tout le monde vers le haut, faisant fi de ses propres difficultés. C’est pour sûr l’une des raisons pour lesquelles on a réussi à aller au bout de notre projet.

 

Loin d’être une « épreuve de couple » comme on a pu l’entendre quelques fois avant notre départ, ce voyage a au contraire renforcé notre couple. A deux, on est plus forts, et après deux ans 24h/24 ensemble, on peut dire qu’on forme une sacrée bonne équipe !

 

 

… et avec le sourire !

Mais le sentiment de « réussite » de ce voyage, c’est aussi – et surtout – une question d’attitude et d’état d’esprit que l’on partage. Voir toujours le verre à moitié plein, discerner le positif que chaque expérience nous apporte, se contenter de ce que l’on a sans nous plaindre de ce qu’il nous manque ou de ce que l’on n’a plus, persévérer dans l’enthousiasme, l’appréciatif, le sourire… Bref, rester positif !

Un état d’esprit selon lequel on vivait déjà avant notre départ, mais que le voyage a grandement contribué à confirmer et renforcer en chacun de nous.

Parce que notre aventure nous a montré – à nouveau – que cela marchait. Qu’en envoyant des ondes positives, on recevait en écho d’autres ondes positives. Enormément, même.

Ainsi, sans toujours demander, tant de gens nous ont souri, parlé, ouvert leur porte, fait découvrir leur culture, leur cuisine, leur patrimoine, leur histoire… On nous a aussi aidés, guidés, offert à manger, offert des cadeaux, emmenés en voiture et même souvent hébergés.

 

En France, on a tendance à ne pas être très exubérant, à ne pas avoir le compliment facile, pour ne pas dire à être un peu trop morose. Mais dans d’autres pays nous avons rencontré un enthousiasme spontané qui faisait plaisir à voir et qui surtout était contagieux. Pourtant il ne venait pas forcément des gens dans les situations les plus faciles. Mais ils avaient cette capacité à sourire, malgré tout. (On ne dit pas « à être heureux », ce serait un raccourci bien trop simple.) Et le sourire amène le sourire, et les bons moments.

On récolte ce que l’on sème. Et dans ce cas, le cercle était très vertueux.

 

 

Et demain ?

Toujours partager

Alors, bien que ce voyage soit aujourd’hui terminé, on ne souhaite pas pour autant que ce cercle s’arrête de tourner. Bien au contraire.

Notre envie de donner est même décuplée.

On veut continuer de recevoir des gens chez nous, en prendre en stop, aider d’une façon ou d’une autre, sans a priori.

Diffuser autour de nous, localement et de proche en proche, cet état d’esprit positif.

Se créer un environnement où l’on se sente bien, vivre et travailler selon ces valeurs, nos valeurs.

 

Voilà tout ce qu’on espère arriver à mettre en œuvre pour notre prochaine aventure. Une aventure plus sédentaire, qui tournera toujours autour du partage, et certainement un peu du potage.

 

 

Encore voyager

Mais on imagine aussi, bien sûr, d’autres voyages.

On rentre même en France avec encore plus d’idées que lorsqu’on était parti ! Mais notre perception du voyage a quelque peu changé au cours de notre aventure. Désormais, partir, ce n’est plus seulement répondre à la question « où ? » , c’est aussi répondre à la question « comment ? » .

Durant ces deux années, on a exploré de nombreuses façons de voyager qu’on a essayé d’adapter à la destination, et on a adoré ça.

 

Par exemple :

  • Rencontrer des Japonais en faisant du stop et du couchsurfing
  • Toucher à la spiritualité de l’Inde en travaillant en volontariat dans un ashram
  • Travailler dans un vignoble en Argentine
  • Traverser la Sibérie par une voie de chemin de fer méconnue, la BAM
  • S’évader en minivan dans l’Ouest de la Mongolie
  • Prendre le temps d’explorer à vélo une île des Samoa

 

Pour nous, il n’existe pas un seul mode de voyage, que l’on pourrait répliquer partout. Il s’agira désormais de trouver la meilleure combinaison entre le lieu et la façon dont on l’explorera, selon notre envie du moment, la saison, le contexte général… pour vivre à nouveau une aventure qui nous ressemble.

 

 

Et cultiver notre potager

Quant à cette aventure-ci, elle n’est en réalité pas complètement terminée et nous aimerions la faire évoluer sous une autre forme, faire pousser ces graines que nous avons semées. Conférences, film, expositions photos, livre, rencontres de voyageurs ou autre… Cela nécessite à ce jour encore beaucoup de réflexion et demandera surtout un important travail de synthèse. Mais nous voulons continuer de parler de ces sourires que nous avons vus. Nous voulons continuer à partager avec d’autres le bonheur de la route, les joies des rencontres et la richesse de l’expérience que nous avons vécue.

Encore une fois, les idées ne manquent pas. Mais comme pour le voyage, à nous de trouver comment aller au bout des meilleures d’entre elles.

 

Que l’aventure continue !

 



2 commentaires sur “Epilogue


     Laurent (onechai.fr a écrit :

    26 septembre 2016 à 22:02

    Comment ça c’est fini ? M’enfin non ;-)
    Un chouette voyage en tout cas, comme on n’en voit pas forcément si souvent sur la toile.
    Je crois que c’est à vous lire que le BAM est arrivé dans un coin de ma tête, comme ça, bam !
    Bon retour !


     La sélection du mardi #59 – Le Blog Expedia (https://blog.expedia.fr/selection-mardi-59 a écrit :

    27 septembre 2016 à 08:59

    […] Découvrir la suite sur Epilogue […]

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