Des dunes de Sibérie à Vladivostok

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En étudiant les escales qu’il était possible de réaliser sur la BAM, histoire de s’arrêter un peu au milieu de l’immensité de la Sibérie, on a fait une découverte tout à fait surprenante. Au cœur de la glaciale chaîne de montagnes du Kodar, on peut trouver… des dunes de sable ! Oui, des dunes de sable, comme celles de Namibie ou du désert de Gobi, comme celles des Landes même. A part qu’en-dessous, le sol est juste gelé sur 600 mètres.

En voilà une chose bien étrange !

En plus, ces dunes sont assez faciles d’accès depuis la ville de Novaya Chara, au kilomètre 1734 de la BAM. C’est donc là qu’on a décidé de faire notre première escale.

La mission : visiter les dunes de Charskyie Pyaski, un site aussi beau que méconnu.

On a pile 48 heures.

 

 

Dormir et manger à Novaya Chara

Notre chance, c’est d’arriver en pleine nuit dans la ville de Novaya Chara, ce qui nous laisse deux jours complets pour réaliser notre mission. Le problème, c’est qu’il fait -10°C, et qu’il faut donc trouver absolument un hôtel dans cette ville de 4000 habitants, qui en comptait le double il y a seulement 20 ans.

Dans nos recherches préalables, on a juste trouvé des informations, assez anciennes, à propos de l’hôtel Kodar, vaguement situé « à proximité de la gare » . Heureusement, il existe toujours, est bien situé en face de la gare, sur la gauche. Il est même ouvert 24h / 24 et ses parties communes viennent d’être refaites à neuf. Ouf, on va pouvoir passer la nuit au chaud.

 

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Après une courte nuit, mais dans un vrai lit, il nous faut maintenant trouver comment aller à Charskyie Pyaski. Bien entendu, à l’hôtel, personne ne parle autre chose que le russe. Cela aurait été trop simple. Alors on tente d’expliquer notre problème à la réceptionniste. Juste à côté, la femme de ménage stoppe ses activités pour la rejoindre. Elle aussi a envie de se prêter au jeu des énigmes. Il est vrai que les deux femmes ne doivent pas voir débarquer des touristes non russophones tous les quatre matins !

 

La femme de ménage passe un coup de fil et 5 minutes plus tard, un homme entre dans l’hôtel et se fait mettre au parfum de nos intentions.

Oui, lui il peut nous emmener à Charskyie Pyaski. Chouette !

Ca nous en coûtera 800 roubles (12€) l’aller-retour depuis l’hôtel. Il nous fait aussi comprendre que là-bas, il y a de la neige jusqu’aux mollets, et qu’on a besoin de bottes. Il enchaine direct en nous demandant nos pointures, se doutant surement qu’on n’était pas équipés pour les hivers russes. Les bottes, il s’en charge. Au top !

 

Et pour aller aux dunes, il faut aussi un guide. Ça coûte 3000 roubles (42€). Ah, mince, là c’est pas donné quand même. On s’enquiert, en mimes, de savoir s’il n’y a pas moyen d’y aller tous seuls, juste en suivant le chemin ?

Non, pas de chemin, il faut un guide ! Mais il baisse directement son prix à 2000 roubles (28 €). Allez, banco ! On prend rendez-vous le lendemain matin, 7 heures à la réception.

C’est là que la réceptionniste ré-intervient : Ah non, pas à 7 heures, le petit-déjeuner de l’hôtel n’est servi qu’à partir de 8 heures !

Bon, OK pour 9 heures alors. A demain, Vladimir !

 

Tout cela aurait été un échange bien banal, s’il n’y avait eu la barrière de la langue. Trois russophones exclusifs d’un côté, et nous de l’autre, avec nos deux pauvres mots de russe, quatre mains, un petit dictionnaire, un papier, un crayon. Heureusement qu’on est tombé sur des interlocuteurs coopératifs ! D’ailleurs, eux aussi ont semblé bien s’amuser à ce petit jeu !

 

 

Sur notre lancée, confiant dans notre nouveau niveau de russe, on se lance un nouveau challenge : trouver un endroit où manger. On part dans une direction au hasard, entre les gros immeubles gris et bétonnés du village et quelques petits commerces assez sinistres. Ici les nuances de gris flashent sur le blanc.

 

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Mais rien qui ressemble de près ou de loin à un café ou un restaurant. On finit par entrer… dans un magasin de bricolage ! Pas grave, on tente quand même, en pseudo-russe : « Bonjour ! Manger ? Restaurant ici ? »

Là, notre interlocutrice éclate de rire, visiblement cueillie à froid par notre présence et notre question saugrenue. Le fou rire se propage à l’ensemble du magasin. Et jusqu’à nous. Apparemment, on ne trouvera pas à manger ici, retournons plutôt sur nos pas.

Finalement, après deux heures à tourner dans les rues désertes, froides et enneigées de la ville, le vigile de la gare finit par nous indiquer qu’il y a un restaurant en face de la gare, sur la gauche. L’hôtel Kodar ? Oui, c’est cela. A notre décharge, le restaurant est séparé de l’hôtel, il n’y a rien d’indiqué à l’entrée, pas d’enseigne, une porte tout à fait banale : il fallait le savoir que se cachait ici le seul restaurant de la ville !

 

Pour finir la journée, on se met à la recherche du musée de la ville, la seule attraction de la ville. Et il faut croire qu’on a le fessier bordé de nouilles car dans ce restaurant, le serveur Ivan parle très bien français. Encore un truc improbable dans cette ville de Novaya Chara ! Du coup, on parvient facilement à trouver le fameux musée, situé à l’autre bout de la ville, après le magasin de bricolage, derrière le stade. Mais il est fermé le dimanche… Fallait bien que ça cloche à un moment ou à un autre !

 

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Charskyie Pyaski, l’autre perle de Sibérie

C’est le grand jour pour aller sur les dunes de Sibérie, et une somptueuse journée nous attend. La grisaille de la veille a laissé place à un magnifique ciel bleu, un grand soleil, et par conséquent un frisquet -14°C au mercure !

Vladimir, notre guide, est là, pile à l’heure. Précis comme un train, comme on dirait ici.

D’ailleurs, il travaille pour la RZD, la compagnie ferroviaire, comme garde forestier. Et avec lui, il a emmené comme convenu deux paires de bottes fourrées flambant neuves arborant le logo de la RZD.

Après une petite demi-heure de voiture, on s’arrête au milieu d’une route longeant la voie ferrée. C’est de là que l’on démarre la marche. Effectivement, il faut connaître le spot !

 

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La première heure de marche se fait sur la neige, au milieu de la forêt, entre feuillus déjà défeuillés et pins toujours verts. De temps en temps, on aperçoit au loin quelques montagnes enneigées. Le ciel est magnifique, et les rares nuées blanches autour de leurs sommets ne semblent être là que pour ajouter à la photogénie des lieux.

 

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A l’orée de la forêt, on débouche sur une rivière assez large et profonde, partiellement gelée. C’est le passage délicat. Vladimir sort de son sac deux paires de très grandes bottes en caoutchouc, qui remontent jusqu’au-dessus des genoux. C’est à moi de traverser en premier. Je choisis un passage paraissant moins profond, mais au moment de remonter sur l’autre rive, la glace se brise et je tombe à moitié dans l’eau glacée. Mes bottes sont pleines d’eau, Sandrine éclate de rire. Bel échec !

Sandrine s’en sort mieux que moi, car elle a trouvé l’astuce : pour éviter que la glace se brise sous notre poids, il faut la casser jusqu’à ce que l’épaisseur soit suffisante pour pouvoir remonter dessus.

Dernier écueil : il faut renvoyer une paire de bottes à Vladimir, resté de l’autre côté de la rivière, afin qu’il puisse nous rejoindre. Malgré une forte pression, je m’en sors correctement !

 

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De l’autre côté de la rivière, on grimpe d’abord dans du sable, puis retrouve une forêt enneigée. Encore un petit bout de marche avant d’arriver devant un lac gelé, avec la chaîne du Kodar en arrière-plan. Magnifique, la magie de la Sibérie opère. Et ce n’est pas fini. Derrière une petite rangée d’arbre, de l’autre côté du lac, on commence à distinguer des nuances de beige. Sont-ce les fameuses dunes ?

 

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En tout cas, on semble bien se diriger dans cette direction et en effet, après avoir escaladé un nouveau tas de sable, un décor surréaliste s’étale devant nous. Une immense étendue de sable recouverte partiellement de neige, au pied des montagnes sombres et abruptes du Kodar.

A la surface de ces dunes, les fines couches de neige et de sable se sont entremêlées sous l’effet du vent. Un pas sur la neige, un pas sur le sable. Rare mélange de deux terrains.

La beige étendue de sable dont les creux sont recouverts d’une neige toute blanche, cette association de formes et de couleurs me fait penser à… une immense meringue légèrement passée au four ! Hmmm…

 

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On finit par s’arrêter au point culminant des dunes, dépourvu de neige, lui. Le site et les conditions ne peuvent qu’inviter à la contemplation : pas un poil de vent, un grand ciel bleu, un silence total. Face à nous, plus rien ne bouge. Pas un animal, pas une brindille qui s’agite, pas même un grain de sable qui vole, le décor est complètement figé. On a l’impression d’être au milieu d’une immense carte postale, dans un autre monde où le temps s’est arrêté. On oublie tout, le froid, les pieds humides à cause de la rivière, les bottes qui font mal au talon et on se dit qu’on pourrait rester là un bon moment encore. On se sent comme privilégiés d’être arrivés en ce lieu, et d’y être absolument seuls.

Décidément, Charskyie Pyaski mériterait bien, lui aussi, le nom de « Perle de Sibérie » !

 

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Bien que largement méconnu, ce site n’est pas si inaccessible qu’il n’y paraît. Selon d’où l’on vient, il faut d’abord quelques jours de train (ordre de grandeur classique en Russie), un peu de voiture et 2h30 de marche dans chaque sens. Il n’y a rien d’extraordinaire à cela. Après, peut-être qu’il faut une bonne dose de chance, et nous on en a eue : tomber sur Vladimir, avoir une telle météo, pouvoir traverser la rivière…

Mais c’est un lieu si unique qu’il vaut le coup de tenter sa chance. Par contre, sans guide, n’y pensez même pas !

 

 

 

Komsomolsk, ou la déception de l’Amour

On passe sur notre escale à Tynda, dont on a déjà évoqué la visite du passionnant musée de la BAM. Car en dehors de cela, il n’y a pas vraiment grand-chose à voir dans cette ville.

 

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Et nous voilà donc, déjà, à Komsomolsk-sur-l’Amour. On attendait avec impatience de rencontrer l’Amour, mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il nous a déçus. Un large fleuve brumeux, sans âme, qui érige sur sa rive un monumental mémorial de la guerre.

Quant à la ville, entièrement bâtie sur la rive gauche du fleuve, on n’a pas trouvé qu’elle avait grand-chose à offrir une fois passée la statue du parc Lénine. A moins d’avoir une passion pour l’architecture néo-stalinienne…

Même de l’avis des locaux avec qui on est restés, il n’y a rien à faire à Komsomolsk.

 

 

On en retiendra quand même cette chouette soirée avec Yulia et Anton, nos hôtes d’un jour, avec qui on a passé un bon moment à discuter, par google translate interposé. Et ça a plutôt bien marché, en tout cas entre le français (ou l’anglais) et le russe, c’est plutôt fiable. Et quand le traducteur se plante, c’est aussi très drôle !

 

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C’est sur une grosse tempête de neige qu’on a quitté Komsomolsk. Les premiers flocons de la saison marquent l’arrivée de l’hiver dans la région, au grand dam de nos hôtes. Le début de quelques mois de froid, de vent et de déneigement presque quotidien.

Par contre, tout cela ne perturbe nullement la marche de notre train, qui fonce plein Sud vers la plus clémente et accueillante Vladivostok.

 

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Vladivostok, l’autre San Francisco

Enfermée au bout de la péninsule Mouraviov-Amourski, entre mer et collines, avec la baie de Zolotoï Rog (ou Corne d’Or) qui s’enfonce dans la ville et enjambée par un immense pont à haubans, Vladivostok a un petit air de San Francisco. Enfin, ce sont surtout les Russes qui le disent !

 

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Il est vrai que c’est une ville d’apparence assez chic et moderne. Le centre-ville s’est développé essentiellement au début du XXe siècle, avec l’arrivée du Transsibérien depuis Moscou. Ses bâtiments ont gardé la magnificence du style de cette époque. Et la ville a connue d’importants travaux de rénovation en 2012, ce qui lui donne aujourd’hui plutôt belle allure. C’est donc une ville agréable à visiter, pleines de petites rues vallonnées, suffisamment dense pour être parcourue à pied.

 

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Mais ce qui marque le plus à Vladivostok, c’est cet énorme pont qui permet de rejoindre l’autre côté de la péninsule. Un pont à haubans de 2,1 km de long, très haut, que l’on peut voir de partout. Le meilleur point de vue est sans doute celui au-dessus de l’arrivée du téléphérique. Il est d’ailleurs possible de s’y rendre sans emprunter le téléphérique, juste en marchant depuis le centre-ville.

De là-haut, on domine toute la baie, le pont dit « de la corne d’Or » et les montagnes de chaque côté de la péninsule. Lorsque le soleil est de la partie, ce qui est plus fréquent autour de l’hiver malheureusement, on peut également apprécier son reflet sur les eaux paisibles du golfe de Pierre-le-Grand.

 

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Et puis il y a cette immense zone portuaire, avec son incessant ballet de bateaux de tous types et de toutes tailles qui voguent dans le golfe. Car Vladivostok est non seulement un énorme hub maritime, mais aussi un site militaire de premier plan : son port abrite la majeure partie de la Flotte du Pacifique, et cela se ressent dans la ville.

 

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Partout dans la ville on croise des bâtiments militaires, terrestres ou maritimes, et de nombreux marins en uniforme. Il y a même, en plein dans la ville, un sous-marin. Et on peut le visiter !

C’est un sous-marin C-56, qui a été installé sur le rivage, juste à côté du mémorial de la seconde guerre mondiale. Ce sous-marin a d’ailleurs combattu pendant cette guerre, avant d’être converti en musée. Et avec une entrée à juste deux euros, ça vaut le coup d’aller y jeter un œil !

 

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La première partie est une exposition de photos et d’objets liés à l’histoire de ce sous-marin, de ses occupants et de la marine russe. De belles images, mais dommage que tout soit écrit en russe !

Puis dans la deuxième partie, on est vraiment dans le cœur du sous-marin, quasiment conservé tel quel. Quelle chance de pouvoir pénétrer ce microcosme, ce milieu ultra-fermé si mystérieux. La salle des machines ressemble à un trésor d’ingéniosité, avec tous ses tuyaux métalliques qui courent partout, et ses innombrables vannes. Puis vient le carré des officiers et la cabine du capitaine, la plus grande. 2 mètres carrés tout au plus… Il y a également un petit local pour les télécommunications, très confiné. L’opérateur ne devait pas être bien grand !

Et enfin, tout au bout, une pièce avec des lits suspendus au plafond, et ce qui ressemble à des missiles et autres armes…

Une expérience vraiment intéressante qui nous plonge dans l’univers très méconnu des sous-marins, notamment dans le contexte de seconde guerre mondiale.

 

 

Après quelques jours à Vladivostok, on ne pouvait imaginer quitter la Russie autrement que par la mer. Alors, on a embarqué sur un ferry sud-coréen, et dit au revoir au continent eurasien, qu’on ne reverra pas avant un long moment. Direction, le Japon !

 

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2 commentaires sur “Des dunes de Sibérie à Vladivostok


     Benjamin (benontherun.com a écrit :

    27 janvier 2016 à 18:34

    Magnifique ! J’attends vos impressions sur le lenin’s burger et le coca kolkhoze ;-)


       Benito (voyagepartageetpotage.com a répondu :

      2 février 2016 à 09:59

      Merci Benjamin ! Ravis de savoir qu’il y en a qui suivent et comprennent les références ;-)
      Pour nos impressions sur le Lenin’s Burger et le coca kolkhoze, c’est donc ici :
      http://voyagepartageetpotage.com/2016/01/comme-un-cheveu-sur-la-soupe-russie/

      D’une manière plus générale, cette partie de la Russie si peu visitée vaut vraiment le coup d’œil, à condition d’avoir un peu de temps devant soi. On recommande vivement !
      Et en plus, on ne mange pas si mal que ce que dit la chanson…

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