Le Soleil se lève sur Java, et…

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De notre exploration de Java, il nous reste à évoquer les grands classiques. Les sites que tout le monde visite sur cette île, au moins lors de la première fois. Ceux dont on parle immanquablement sur tous les blogs de voyage traitant de l’Asie du Sud-Est. Ceux qui ressortiront en premier dans n’importe quel album photo de Java.

Il s’agit du temple bouddhiste de Borobudur, dans le centre de Java, juste au Nord de Yogyakarta, et des volcans Bromo et Ijen, dans l’Est de l’île.

 

Pour nous, il n’était pas question non plus de quitter Java sans y être allé. Alors après avoir traîné près de la plage à Pangandaran et essaimé les rues de Surabaya avec Nhya, on a revêtu nos habits de touristes, remis l’appareil photo autour du cou et… réglé l’alarme du téléphone très très tôt !

Car pour profiter au mieux de ces trois visites, on a choisi d’y aller au moment le plus opportun, paraît-il : le lever de Soleil.

 

 

Le Soleil se lève sur Borobudur…

… et petit à petit, les stupas grises qui nous font face dévoilent la finesse de leurs ornements et des détails sculptés et gravés dans leurs vieilles pierres de plus de 1000 ans. Autour, la jungle se révèle timidement, sous un épais brouillard matinal qui ne rend ce temple que plus mystique. Et au loin, on commence à distinguer les différentes montagnes et volcans qui nous entourent, dont l’impressionnant mont Merapi qui, toutefois, préfère rester la tête dans les nuages.

 

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Ce lever de Soleil depuis le haut du Borobudur friserait presque la féérie. Dommage que ces nuages persistants soient là pour obstruer la course du Soleil. Surtout, dommage ce manque de silence et de respect de la part des autres visiteurs présents à cette heure bien matinale. Mais, comme dans chaque lieu trop touristique, demander le silence et le respect deviennent des vœux pieux. Ça parle fort, ça crie, des enfants bien trop jeunes pour être en un tel endroit à une telle heure pleurent ou jouent bruyamment. Et il nous est difficile de faire abstraction de tout cela pour profiter pleinement de la magie du lieu et du caractère privilégié de vivre un lever de Soleil depuis le sommet du temple.

 

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Car c’est bien un privilège que d’aller profiter du lever de Soleil depuis le temple de Borobudur. Un privilège dont il n’est possible de bénéficier que par l’intermédiaire d’un hôtel luxueux du coin, situé juste à côté du temple, et qui en a fait un vrai business. Ainsi, les clients de cet hôtel haut de gamme peuvent accéder au temple un peu avant le lever du Soleil, pour le prix du ticket normal. Mais pour ceux qui préfèrent les logements bien plus abordables de Yogyakarta, il en coûtera 120 000 roupies (8€) de plus que le ticket d’entrée. Plus le transport organisé en pleine nuit depuis Yogyakarta, forcément un peu plus onéreux qu’en plein jour. Mais cela se fait très facilement avec n’importe lequel des « tour-opérateurs » qui peuplent les ruelles de la ville, y compris de la veille pour le lendemain.

 

Une fois le tour réservé, réveil à 3h00 du matin pour retrouver notre chauffeur et son véhicule et partir pour Borobodur, à une quarantaine de minutes de route. Celui-ci nous dépose au fameux hôtel qui gère le business, et qui semble organiser les choses plutôt efficacement : des lampes-torches sont distribuées, le chemin d’accès est balisé et un mini petit-déjeuner est offert au retour du temple vers 09h00.

 

Il doit être autour de 04h – 04h30 quand on arrive devant les grilles fermées du complexe, en compagnie d’une grosse poignée d’autres touristes. On se réjouit aussi de voir les étoiles : le ciel semble dégagé et c’est plutôt bon signe pour le lever de Soleil. Pas gagné d’avance en cette saison humide !

Peu de temps après, des gardiens ouvrent les grilles, et c’est dans l’obscurité totale que la meute de touristes est lâchée dans ce temple bouddhiste vieux de plus de 1000 ans !

 

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C’est là que début le sentiment de vivre une expérience unique. Dans le silence de la nuit, on se sent comme deux archéologues qui viennent de découvrir un truc monumental. Au fur et à mesure que l’on grimpe les marches menant au sommet du temple, nos yeux s’émerveillent à chaque nouveau détail révélé par notre lampe torche. Et une fois en haut, on cherche le bon spot pour profiter des premiers rayons du jour. Le versant Est nous semble le plus opportun, mais on y voit la foule s’agrandir dangereusement. Et chacun cherche à y poser son appareil photo au meilleur endroit, pour prendre la photo du siècle sans doute, quitte à s’installer en plein milieu du champ de vision des autres. A notre goût, ils ont peut-être laissé monter un peu trop de monde là-haut. Dommage.

 

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Mais l’avantage, c’est que le temple est immense, et une fois le Soleil levé, on a encore 45 – 50 minutes juste pour nous pour l’explorer par nous-mêmes avant l’ouverture des grilles au grand public. Et ça, c’est encore un chouette privilège ! Alors on part le redécouvrir plus en détail, à la lueur du jour cette fois.

 

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Le complexe est vraiment énorme, et on est impressionné par la dualité qui existe entre son aspect massif, ses pierres imposantes, et l’incroyable finesse qui orne leurs bas-reliefs.

 

A l’échelle la plus large, c’est un édifice de huit étages. Les cinq niveaux inférieurs sont de base carrée, ou presque, chaque face étant orientée suivant un point cardinal. Les 3 niveaux supérieurs sont, en revanche, de base circulaire.

 

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A chaque étage, des bouddhas sont sculptés dans différentes position, dépendant de leur étage et de leur orientation géographique. Dans les trois étages supérieurs, les bouddhas sculptés sont majoritairement protégés par des « cloches de pierre » percées d’ouvertures en forme de losange. Mais quand on regarde à travers, on constate que la plupart des bouddhas ont perdu leur tête ! Chaque cloche, chaque support et chaque bouddha est finement sculpté par des bas-reliefs aux motifs géométriques ou floraux.

 

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Dans les étages inférieurs, les bouddhas sont plus nombreux et sculptés dans des niches. Mais à cause du temps, de certaines guerres et des fréquents événements sismiques et volcaniques sur l’île, nombre de niches et de bouddhas ont été détruits. Les murs des bases rectangulaires des différents étages sont en revanche mieux conservés et recouvertes de fresques sculptées suivant de nombreux éléments bouddhiques : la vie de bouddha, son enseignement, ses réincarnations, ses histoires, fables et légendes. En observant ces fresques de près, on distingue ainsi de nombreux oiseaux, singes, éléphants, humains, arbres fruitiers, censés raconter une histoire liée au bouddhisme.

 

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Oui, c’est vraiment cela qui nous a le plus impressionnés sur ce site. Les différents niveaux de détails qui co-existent au sein de cette massive structure bâtie au milieu de la jungle il y a plus de 1000 ans, faite de pierres sombres posées les unes sur les autres puis sculptées une à une pour raconter, ensemble, l’histoire du bouddhisme. Quant à l’expérience du lever de Soleil, elle apporte un plus indéniable. Une expérience différente, un sentiment unique de découvrir ce magnifique temple d’abord dans le noir, puis de le voir se révéler à nous progressivement. De là à justifier la différence de prix et le business mené par cet hôtel, on laisse cela à la libre appréciation de chacun.

 

 

Le Soleil se lève sur le mont Bromo…

… et l’on découvre la silhouette de ce volcan, dont le puissant grondement accompagnait nos pas pendant la nuit. Sous un ciel de teinte orangée, le panorama du Parc National du mont Bromo se révèle, comme par magie. On aperçoit d’abord le cratère du volcan, très ouvert, d’où s’échappe une immense et épaisse colonne de fumée. A côté, un autre volcan apparaît, beaucoup plus fermé : le mont Batok. Et tout au fond, on commence à distinguer le cône parfait du plus haut sommet de Java, le mont Semeru.

 

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Les monts Bromo et Batok, ainsi que trois autres volcans plus difficiles à distinguer depuis notre point de vue, font partie de la caldera du complexe volcanique de Tengger, un massif désertique aux paysages quasi-lunaires et marqué par une intense activité volcanique. Sur le bord de la caldera, à hauteur du village de Cemora Lawang d’où nous sommes partis dans la nuit, la brume matinale semble s’écouler tranquillement et envelopper le pied du mont Bromo. Magique.

 

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Autour, la caldera est entourée de montagnes aux parois très pentues et à la végétation luxuriante qui tranche avec les paysages de désolation qui règnent autour du mont Bromo.

En effet, lorsque la brume finit par se dissiper, elle laisse découvrir derrière elle la mer de sable qui nappe le fond de la caldera. Par endroits, celui-ci semble sillonné par des lits de rivières asséchées. Mais surtout, juste au pied du Bromo en éruption, on aperçoit ce qui ressemble à un temple, un complexe religieux de plusieurs bâtiments.

 

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C’est en fait un temple hindou, au doux nom de Pura Luhur Poten ! Mais que fait-il donc à cet endroit-là ?

A priori, il semble toujours usité par les habitants des villages alentours, qui s’y rendent annuellement à l’occasion d’une cérémonie religieuse bien spécifique, pour y prier le dieu incarné par le mont Semeru et pour y jeter des offrandes dans le cratère du mont Bromo. Voilà qui doit être une journée particulièrement intéressante pour visiter le mont Bromo ! Mais apparemment, ce n’est pas aujourd’hui. Aucun pèlerin dans la caldera, ni aucun touriste d’ailleurs, car son accès est fermé à cause de l’éruption en cours.

Du coup, on se contente de profiter de ce panorama fabuleux, animé par les va-et-vient de la brume. Il y a tellement de belles choses à contempler qu’on ne sait même plus où donner de la tête. Et encore, le mont Semeru tout au fond avait décidé de rester un peu dans les nuages !

 

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On profite aussi, à notre grande surprise, du grand calme qui règne depuis notre point de vue. On pensait tomber sur un groupe de touristes bruyants venus en 4×4, mais apparemment, ils doivent être ailleurs et nous ne sommes qu’une petite dizaine à nous être arrêtés là pour le lever du Soleil. Royal, nos efforts de la nuit, et de la veille, sont largement récompensés !

 

Car, contrairement au temple de Borobudur, il est tout à fait possible de profiter du lever de Soleil sur le mont Bromo par soi-même. Des tas de blogs expliquent tout cela très bien, et on ne fera donc pas un énième mode d’emploi. Mais le mont Bromo est quand même un gros business, peut-être le plus important de Java, et c’est donc aussi le site qui comporte le plus d’arnaques à Java. Petit florilège pour éviter au maximum les déconvenues :

  • A Probilinggo, les angkot qui sont censés emmener de la gare ferroviaire à la gare routière s’arrêtent systématiquement devant le bureau d’un tour-opérateur en disant que c’est là que part le bus pour Cemoro Lawang. Bien sûr cela est faux, il faut lui demander de continuer sur la grande route jusqu’à la vraie gare routière, qui ressemble à n’importe quelle gare routière avec des minibus et des petits cafés. Sinon, finir à pied sans prendre la peine de s’arrêter chez ces agents, identifiables au mot « tourist » ou « tourism » sur leur enseigne.
  • Il faut arriver à la gare routière le plus tôt possible, car le minibus part plein. Dans l’après-midi, il devient très difficile de trouver du monde pour monter à Cemoro Lawang, à moins de payer le minibus complet…
  • A Cemoro Lawang, il n’y a rien à payer. Certains transporteurs, souvent liés à des agents touristiques, s’arrêtent à une sorte de fausse barrière avant le village, où un droit d’entrée est réclamé pour accéder au Parc du mont Bromo. Tout cela est un racket organisé complètement bidon. D’ailleurs, les nombreuses personnes rencontrées victimes de cette escroquerie ont tous payé des prix différents : 10 000, 75 000 ou jusqu’à 225 000 roupies ! Or, il n’y a qu’un prix et un seul qui vaille pour accéder au village : 0 !
  • En revanche, pour accéder au Parc, il y a bien un droit d’entrée à payer, mais après le village, sur le chemin menant à l’intérieur de la caldera. Il y a parait-il des moyens de l’éviter, mais nous n’avons pas eu l’occasion de les tester puisque la caldera était fermée pendant la période de l’éruption.

 

Une fois arrivé à Cemoro Lawang, on peut considérer que le parcours des arnaques est à peu près terminé. Enfin, il reste encore à trouver un endroit où dormir pour un prix décent. Et pour ceux qui, comme nous, n’ont pas trouvé de place dans le seul hostel du village, de nombreuses solutions existent dans les maisons autour, sous forme de chambre chez l’habitant. En faisant jouer la concurrence et en négociant sec, il est possible d’arriver à d’excellents prix. De toute façon, pas besoin de chercher le grand confort. Juste un endroit pour dormir quelques heures et laisser son sac le temps de voir le mont Bromo avant de repartir le lendemain matin.

 

Et en effet, la nuit est courte. Pour nous, le rendez-vous a été prix à 3 heures du matin avec Loïc et Maude, nos compagnons de voyage rencontrés à Yogyakarta. En route vers le point de vue sur le mont Bromo, pour ne rien rater du lever de Soleil. De toute façon, en cette saison des pluies, il n’y a guère qu’aux aurores qu’on peut espérer voir quelque chose !

La première partie du chemin demande surtout de la patience, celle de décliner gentiment les incessantes propositions de monter à cheval, par la mafia équestre locale. Pas simple pour Loïc, qui est allergique aux chevaux. Mais au moins, l’excuse est imparable !

Une fois arrivé au parking des chevaux, le chemin se poursuit de façon plus abrupte par un petit escalier et un chemin au bord de la caldera, tortueux mais pas impraticable. Tout au long de notre marche, le Bromo rugit, gronde, un grondement sourd et un peu effrayant qui accompagne nos pas. Mais en fait, ce serait juste son ronronnement naturel… Quelques ouvertures à travers la dense végétation laissent également entrevoir, malgré l’obscurité, son épaisse colonne de fumée. Et puis, vers 4h30, on arrive à ce qui nous semble être le point de vue recherché. Une large plateforme dégagée, entourée de barrières en bois, avec même une table et des bancs. Le chemin semble pourtant continuer un peu plus haut, mais cet endroit nous paraît idéal. Tout comme notre timing.

On est parmi les premiers et quelques minutes après avoir pris nos aises, l’obscurité a commencé à diminuer, et le spectacle a démarré.

 

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Après quasiment trois heures de contemplation sous différents angles et différentes lumières, le soleil est déjà bien haut dans le ciel, et c’est le moment de redescendre au village. Pas pour terminer notre nuit, malheureusement. Mais pour repartir. Déjà. La pluie ne va de toute façon pas tarder, et il n’y aura plus rien à faire à Cemoro Lawang. Direction donc le minibus pour Probolinggo, puis le train pour Banyuwangi, sur la côte Est de Java. Banyuwangi, point de départ des ferrys vers Bali, mais aussi et surtout point de départ vers l’autre volcan mythique de la région, l’Ijen.

 

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Le Soleil se lève dans le cratère du mont Ijen…

… et sous l’intensité de ses premiers rayons s’évanouissent les magiques flammes bleues qui, toute la nuit durant, ont dansé dans l’obscurité du cratère. Mais avec les premiers rayons du jour, ce sont d’autres images qui, rapidement, nous interpellent. Comme ces tuyaux qui sortent des profondeurs de la montagne en face de nous. A leur extrémité s’écoule un liquide. Un liquide chargé de soufre. Un liquide qui se solidifie très rapidement une fois qu’il touche le sol, créant une forme improbable aux superbes teintes jaune-orangé. En nous retournant, on découvre aussi un lac. Le lac du cratère du volcan Ijen. Un lac à l’eau opaque, de couleur gris-vert-bleu, elle aussi chargée de nombreux éléments chimiques ramenés des entrailles de la Terre. Et tout autour de nous, c’est ce décor lunaire, ou martien peut-être, qui nous fascine. De la roche volcanique pure à la texture d’apparence très âpre et d’une couleur variant entre le gris clair et le noir. Mais surtout, pas une once de végétation à l’horizon, pas une seule forme de vie ne semble s’être adaptée à cet environnement. Il règne ici comme un air de fin du monde. Un air à la forte odeur d’œuf pourri, caractéristique du soufre qu’il contient. Un air parfois irrespirable, qui pique très vite le nez, les yeux et donne mal au crâne. Surtout quand le vent pousse les vapeurs de soufre dans la mauvaise direction !

 

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La grande majorité des visiteurs, tout du moins ceux qui sont partis avec un guide sérieux, portent donc un masque à gaz pour filtrer ces émanations de soufre.

 

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Mais des fois, quand l’Ijen a décidé de cracher un bon coup, même cet équipement digne de la seconde guerre mondiale ne suffit pas. Ca nous est arrivé vers la fin de notre descente, piégé par un de ces terribles nuages. On tousse, on suffoque, on cherche de l’air, vite. Et dans ces cas-là, il n’y a qu’une seule chose à faire : remonter au plus vite pour trouver un abri respirable, et attendre que le nuage passe. Pendant ce temps, on voit le flot de touristes continuer à descendre, vers le nuage, sans voir remonter personne. Sont-ils tous inconscients ? Ont-ils trouvé un abri ? Le nuage est-il passé ? On commence à s’inquiéter, car notre guide, Denis, semble réticent à l’idée de redescendre. Il sort même son briquet pour brûler un morceau de soufre trouvé par terre :

« – Vous voyez ces flammes de couleur bleue sur le morceau de soufre en combustion ? Et bien c’est la même chose qu’on voit en bas, dans le cratère. Malheureusement, comme pour tout phénomène naturel, il n’est pas toujours possible de parvenir à l’observer. Car au final, c’est la nature qui a toujours le dernier mot…

– Oui, tu as raison. C’est toujours la nature qui décide, et heureusement. Mais là quand même, les flammes bleues, on va aller les voir en vrai, non ? »

 

L’espace d’un moment, on a vraiment cru qu’on avait fait tout ça pour rien. Mais en insistant un peu, on a fini par redescendre et retrouver la foule des touristes amassée devant les célèbres flammes bleues, tous smartphones dehors. Et nous aussi on s’est laissé absorber par la magie de ce phénomène. La danse de ce léger voile bleu, entrecoupée de temps à autre par un écran de fumée, m’a rappelé celle des aurores boréales avec les nuages dans le ciel polaire, le froid en moins. Et de la même manière, je suis comme resté prostré devant, ne les quittant jamais des yeux. Jusqu’à ce que le Soleil les rende invisibles et mette un terme à cette très longue nuit…

 

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Car pour nous tout a commencé très très tôt, avec un réveil à 00h15 ! A peine le temps d’émerger de nos deux pauvres heures de sommeil, et pas encore remis de notre courte nuit au Bromo la veille, que nous repartons déjà à l’aventure. Mais contrairement au Bromo, on a cette fois choisi de partir avec une agence spécialisée. Ayant formé un groupe de quatre avec Maude et Loïc, qu’on ne quitte plus depuis le Bromo, on a pu obtenir un package très intéressant avec Blue Flame Tours, qui nous a grandement simplifié la vie sans nous ruiner. On les recommande !

 

Et c’est donc sans aucune peine que l’on a rejoint le point de départ pour l’ascension de l’Ijen, à 01h45. Une foule relativement conséquente est déjà présente à cette heure-là, et les différents groupes se suivent à la lueur de leurs lampes frontales sur l’excellent chemin qui mène au bord du cratère. Un chemin parfois bien pentu, mais toujours très praticable malgré le crachin qui nous accompagne cette nuit-là. Et après 1h15 de marche environ, nous voilà en haut du cratère, avec pour seul panorama le défilé des lampistes sur le chemin et les lumières de la ville de Banyuwangi au loin.

 

C’est là que commence le fun : on enfile nos masques à gaz et maintenant, en pleine nuit, alors qu’on a même pas dormi trois heures, on va descendre dans le cratère d’un volcan actif !

 

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La descente est très abrupte, mais se fait quasiment toujours sur une voie couverte de pierres plates, ce qui fait qu’elle n’est pas si technique et compliquée que cela. La principale difficulté, en fait, c’est la fatigue ! Avec si peu de sommeil, après avoir déjà marché un bon moment dans l’obscurité, on a tendance à s’endormir un peu tout seul alors qu’au contraire, cette descente doit retenir toute notre concentration, surtout dans le noir, avec la seul lueur de notre torche ! Le masque à gaz confère à cette descente un caractère encore plus extraordinaire : on se sent comme en pleine plongée, accompagnés par le seul bruit de notre respiration difficile à travers le masque, le bruit d’un ronflement éveillé. Rencontre improbable du commandant Cousteau avec le vulcanologue Haroun Tazieff…

 

201602 - Indonésie - 0733Mais le plus fou dans tout cela, c’est que l’on croise parfois des hommes qui vont dans l’autre sens. Ils sont chargés comme des mules et doivent se frayer un chemin au milieu des touristes qui descendent fébrilement.

Car dans cet environnement particulièrement extrême, des hommes travaillent ! Ce sont les tristement célèbres porteurs de soufre du Kawah Ijen. Avec les mineurs Boliviens de Potosi et les porteurs de sel du Danakil, eux aussi peuvent postuler au titre du pire boulot du monde.

 

En ce vendredi, jour de prière, ils sont moins nombreux que les autres jours de la semaine. Néanmoins, une poignée est quand même là, à casser le soufre qui s’est solidifié à la sortie des tuyaux, à charger cette étrange roche jaune dans des paniers et, ainsi lesté de plusieurs dizaines de kilos, à remonter le très abrupt chemin jusqu’au sommet du cratère. Certains portent ainsi jusqu’à 60 kg sur leurs épaules ! Il faut dire qu’à seulement 900 roupies (6 centimes !) le kilo de soufre remonté, mieux vaut rentabiliser chaque aller-retour !

Et tout cela sans masque à gaz ! Leurs poumons ne doivent plus en être à une agression gazière près… Mais l’industrie cosmétique (il paraît que le soufre, c’est bon contre l’acné), celle des allumettes et celle des feux d’artifice doivent bien valoir ces sacrifices, non ?

 

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En remontant le cratère au petit matin, on passe encore un long moment à contempler une dernière fois ce paysage de désolation pourtant magnifique. Un étrange cocktail sentimental nous anime, où l’émerveillement se mélange à l’affliction, à la vision de ce chemin, à l’image de cette descente en enfer où se croisent, chaque nuit, deux mondes que tout oppose.

 

 



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